LE DÉPART
Ce soir j'ai vu partir la petite étrangère.
Elle est partie avec ses parents
Et ses petits frères
A bord d'un vapeur trépidant.
Personne ne les a accompagnés.
Elle a dû se sentir un peu abandonnée.
Elle a dû songer à d'autres départs,
Sur des paquebots ou dans des gares
Où on lui porta des bouquets,
Où il y eut des larmes dans les voix.
Elle ne saura jamais
Que les grands palmistes lui firent
De beaux adieux dans le ciel rose
Et que quelqu'un resta bien après la nuit close
A regarder sur la mer
Le sillage du grand navire
Qui ne s'effaça que bien longtemps
Après qu'il se fut perdu dans le couchant,
Mais qui s'effaça quand même,
Comme s'efface toute chose,
Après plus ou moins de temps.
Comme s'effacera dans la nuit de mon cœur
Ce souvenir cueilli dans une Antille en fleurs.
Février 1910. Charlotteville (Dominique).