‹ Chansons de mer et d'outre merChapitre 53 sur 66 · LE DÉPART · texte numérisé non relu

LE DÉPART

Ce soir j'ai vu partir la petite étrangère.

Elle est partie avec ses parents

Et ses petits frères

A bord d'un vapeur trépidant.

Personne ne les a accompagnés.

Elle a dû se sentir un peu abandonnée.

Elle a dû songer à d'autres départs,

Sur des paquebots ou dans des gares

Où on lui porta des bouquets,

Où il y eut des larmes dans les voix.

Elle ne saura jamais

Que les grands palmistes lui firent

De beaux adieux dans le ciel rose

Et que quelqu'un resta bien après la nuit close

A regarder sur la mer

Le sillage du grand navire

Qui ne s'effaça que bien longtemps

Après qu'il se fut perdu dans le couchant,

Mais qui s'effaça quand même,

Comme s'efface toute chose,

Après plus ou moins de temps.

Comme s'effacera dans la nuit de mon cœur

Ce souvenir cueilli dans une Antille en fleurs.

Février 1910. Charlotteville (Dominique).

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