‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 115 sur 315 · LE DIEU DES BONNES GENS · texte numérisé non relu

LE DIEU DES BONNES GENS

Air du vaudeville de la Partie carrée.

Il est un Dieu, devant lui je m’incline, Pauvre et content, sans lui demander rien. De l’univers observant la machine,

J’y vois du mal, et n’aime que le bien.

Mais le plaisir à ma philosophie Révèle assez des cieux intelligents.

Le verre en main, gaiment je me confie An Dieu des bonnes gens.

Dans ma retraite, où l’on voit l’indigence, Sans m’éveiller, assise à mon chevet,

Grâce aux amours, bercé par l’espérance,

D’un lit plus doux je rêve le duvet.

Aux dieux des cours qu’un autre sacrifie !

Moi, qui ne crois qu’à des dieux indulgents, Le verre en main, gaiment je me confie Au Dieu des bonnes gens.

Un conquérant, dans sa fortune altière,

Se fit un jeu des sceptres et des lois,

Et de ses pieds on peut voir la poussière Empreinte encor sur le bandeau des rois.

Vous rampiez tous, ô rois qu’on déifie !

Moi, pour braver dest maîtres exigeants,

Le verre en main, gaiment je me confie Au Dieu des bonnes gens.

Dans nos palais, où, près de la Victoire, Brillaient les arts, doux fruits des beaux climats, J’ai vu du Nord les peuplades sans gloire De leurs manteaux secouer les frimas.

Sur nos débris Albion nous défie4;

* Dos critiques anglais, trcs-bienve»llants d’ailleurs pour noire tuteur, lui ont reproché les traits plaisants on graves dirigés contre leur nation. Ils auraient dû se rappeler que ces attaques remontent au temps de l'occupation de la France par les armées étrangères, qui avaient fait la Restauration a ce temps où sir Walter Scott venait chex nous écrire lea Lrrtncs ne Fst t, lâche et cruel outrage a un peuple aussi malheureux qu'il avait été grand. L'idce d’entretenir la haine entre deux nations atoujoura été loin du cu-ur de celui qui, apres l'évacuation de notre territoire, lut le premier k appeler tous les peuples à une suinte alliaucv.

Mais les destins et les flots sont changeants : Le verre en main, gaiment je me confie Au Dieu des bonnes gens.

Quelle menace un prêtre fait entendre !

Nous touchons tous à nos derniers instants : L’éternité va se faire comprendre;

Tout va finir, l’univers et le temps.

O -chérubins à la face bouffie,

Réveillez donc les morts peu diligents !

Le verre en main, gaiment je me confie Au Dieu des bonnes gens.

Mais quelle erreur! non, Dieu n’est point colère; S’il créa tout, à tout il sert d’appui ;

Vins qu’il nous donne, amitié tutélaire,

Et vous, amours, qui créez après lui,

Prêtez un charme à ma philosophie Pour dissiper des rêves affligeants :

Le verre en main, gaiment je me confie An Dieu des bonnes gens.

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