SI J’ÉTAIS PETIT OISEAU
Air nouveau de VVilhem, oc 11 Taut que l’on file doua.
Moi qui, même auprès des belles, Voudrais vivre en passager,
Que je porte envie aux ailes Le l’oiseau vif et léger !
Combien d’espace il visite !
A voltiger tout l’invite :
L’air est doux, le ciel est beau.
Je volerais vite, vite, vite,
Si j’étais petit oiseau.
C’est alors que, Pliilomèle M’enseignant ses plus doux sons, J’irais de la pastourelle Accompagner les chansons.
Puis j’irais charmer l’ermite Qui, sans vendre l’eau bénite, lionne aux pauvres son manteau.
Je. volerais vite, vite, vite,
Si j’étais petit oiseau.
Puis j’irais dans le bocage.
Où des buveurs en gaîté,
Attendris par mon ramage,
Ne boiraient qu’à la beauté.
Puis ma chanson favorite Aux guerriers qu’on déshérite Ferait chérir le hameau.
Je volerais vite, vite, vite,
Si j’étais petit oiseau.
Puis j'irais sur les tourelles Où sont de pauvres captifs,
En leur cachant bien mes ailes, Former des accords plaintifs.
L’un sourit à ma visite,
L’autre rêve, dans son gîte,
Aux champs où1 fut son berceau.
Je volerais vite, vite, vite,
Si j’étais petit oiseau.
Puis, voulant rendre sensible Un roi qui fuirait l’ennui,
Sur un olivier paisible J’irais chanter près de lui.
Puis j'irais jusqu’où s’abrite Quelque famille proscrite,
Porter de l'arbre un rameau.
Je volerais vite, vite, vite,
Si j’étais petit oiseau.
Puis, jusque» où naît l'aurore, Vous, méchants, je vous fuirais, A moins que l’Amour encore Ne me surprit dans ses rets.
Que, sur un sein qu’il agite.
Ce chasseur, que nul n’évite,
Me dresse uu piège nouveau,
J’y volerais vite, vite, vite,
Si j’étais petit oiseau.
LE BON VIEILLARD
Am ; Contentons-nous d'une simple bouteille.
Joyeux enfants, vous que Bacchus rassemble, Par vos chansons vous m’attirez ici
Je suis bien vieux; mais en vain ma voix tremble Accueillez-moi, j’aime à chanter aussi.
Du temps passé j’apporte des nouvelles :
J’ai bu jadis avec le bon Panard.
Amis du vin, de la gloire et des belles, Daignez sourire aux chansons d’un vieillard.
De me fêter, eh quoi! chacun s’empresse!
A ma santé coule un vin généreux.
Ce doux accueil enhardit ma vieillesse :
Je crains toujours d’attrister les heureux.
Que les plaisirs vous couvrent de leurs ailes, Avec le temps vous compterez plus tard.
Amis du vin, de la gloire et des belles, Daignez sourire aux chansons d’un vieillard.
Ainsi que vous j'ai vécu de caresses;
Vos grand’mamans diraient si je leur plus. J’eus des châteaux , des amis, des maîtresses; Amis, châteaux, maîtresses ne sont plus.
Les souvenirs me sont- restés fidèles;
Aussi parfois je soupire à l’écart.
Amis au vin? de la gloire et des belles, Daignez sourire aux chansons d’un vieillard.
Dans nos discords j’ai fait plus d’un naufrage, Sans fuir jamais la France et son doux ciel. Au peu de vin que m’a laissé l’orage L’orgueil blessé ne mêle point de fiel.
J’ai chanté même, aux vendanges nouvelles, Sur des coteaux dont i’eus longtemps ma part. Amis du vin, de la gloire et des belles. Daignez sourire aux chansons d’un vieillard.
Vieux compagnon des guerriers d’un autre âge, Comme Nestor je ne vous parle pas.
De tous les jours où brilla mon courage J’achèterais un jour de vos combats.
Je l’avoùrai, vos palmes immoi telles M’ont rendu cher un nouvel étendard.
Amis du vin, de la gloire et des belles, Daignez sourire aux chansons d’un vieillard.
Sur vos vertus quel avenir se fonde !
Enfants, buvons à nos derniers amours.
La liberté va rajeunir le monde;
Sur mon tombeau brilleront d’heureux jours. D’un beau printemps, aimables hirondelles, J’ai pour vous voir différé mon dépait.
Amis du vin, de la gloire et des belles, Daignez sourire aux chansons d’un vieillard.