‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 130 sur 315 · LA COURONNE · texte numérisé non relu

LA COURONNE

COUPLETS

Cil ANTES PAR UN ROI DE î A FÈVE.

Am : J'clais bon chasseur aulrofois.

Grâce à la fève, je suis roi.

Nous le voulons : versez à boire !

Cà, mes sujets, courdiinez-moi,

Ét qu’on porte envie à ma gloire :

A l’espoir du rang le plus beau Point de cœur qui ne s’abandonne.

Nul n’est content de son chapeau ; Chacun voudrait une couronne.

Un roi sur son front obscurci Porte une couronne éclatante.

Le pâtre a sa couronne aussi, Couronne de fleurs qui me tente.

A l’un le ciel la fait paver ;

Mais au berger l’amour la donne; Le roi l’ôte pour sommeiller,

Colin dort avec sa couronne.

Le Français, poète et guerrier,

Sert les Muses et la Victoire ;

Le front ceint d’un double laurier, Il triomphe et chante sa gloire.

Quand du rang qu’il doit occuper Il tombe, trahi par Bellone,

Le sceptre lui peut échapper,

Mais il conserve sa couronne.

Belles, vous portez à quinze ans La couronne de l’innocence;

Bientôt viennent les courtisans, Comme les rois on vous encense ; Comme eux de pièges séducteurs L’artifice vous environne;

Vous n’écoutez que vos flatteurs, Et vous perdez votre couronne.

Perdre une couronne î A ces mots , Chacun doit penser à la sienne.

Je n’ai point doublé les impôts ;

Je n’ai point dé* noblesse ancienne.

Mon peuple, buvons de concert : La place me parait si bonne*.

N’allez pas avant le dessert Me faire abdiquer la couronne.

LES MISSIONNAIRES ms.

Air : U* cu ur à la «laiisr, etc.

Satan dit un jour à ses paiis :

Ou en veut à nos hordes;

C’est en éclairant l’univers Qu’on éteint les discordes.

Par brevet d’invention,

J’ordonne une mission.

En vendant des prières,

Vite soufflons, soufflons, morbleu!

Eteignons les lumières • Et rallumons le feu.

Exploitons en diables cafards Hameau, ville et banlieue ; D’Ignace imitons les renards, Cachons bien notre queue.

Au nom du Père et du Fils, Gagnons sur les crucifix.

Eu vendant des prières,

Vite soufflons, soufflons, morbleu!

Eteignons les lumières Et rallumons le feu.

Que de miracles on va voir Si le ciel ne s’en mêle !

Sur des biens qu’on voudrait ravoir Faisons tomber la grêle.

Publions que Jésus-Chiist Par la poste nous écrit *.

En vendant des prières,

Vite soufflons, soufflons, morbleu !

Eteignons les lumières Et rallumons le feu.

Chassons les autres baladins;

Divisons les familles;

En jetant la pierre aux mondains, Perdons femmes et filles.

Que tout le sexe enflammé JNous chante un Asperges me.

En Vendant des prières,

Vile soufflons, soufflons, morbleu!

Eteignons les lumières Et rallumons le feu.

* A cette cpoqnc, on répandait dan» le* campagne* une prt« tondue lettre de Jisus-ChrisL

Ifi

Par Ravaillac et Jean Chatel, Plaçons dans chaque prône,

Non point le trône sur l’autel, Mais l’autel sur le trône.

Comme aux bons temps féodaux, Que les rois soient nos bedeaux.

En vendant des prières,

Vite soufflons, soufflons, morbleu !

Eteignons les lumières Et rallumons le feu.

L’intolérance, front levé, Reprendra son allure;

Les protestants n’ont point trouvé D’onguent pour la brûlure.

Les philosophes aussi Déjà sentent le roussi.

En vendant des prières,

Vite soufflons, soufflons, morbleu !

Eteignons les lumières Et rallumons le feu,

Le diable, après ce mandement, Vient convertir la France.

Guerre au nouvel enseignement, Et gloire à l’ignorance !

Le jour fuit et les cagots Dansent autour des fagots.

En vendant des prières;

Vite soufflons, soufflons, morbleu!

Eteignons les lumières Et rallumons le feu.

Bis.

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