‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 132 sur 315 · LE CHAMP D’ASILE · texte numérisé non relu

LE CHAMP D’ASILE

Août <818.

Air de la iloniauct- dr Bcliuirc.

Un chef de bannis courageuv, Implorant un lointain asile.

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A des sauvages ombrageux Disait : « L’Europe nous exile.

« Heureux enfants de ces forêts,

« De nos maux apprenez l'histoire :

« Sauvages! nous sommes Français; a Prenez pitié de notre gloire.

» Elle épouvante encor les rois,

« Et nous bannit des humbles chaumes « D’où sortis pour venger nos droits,

« Nous avons dompté vingt royaumes.

« Nous courions conquérir la Paix « Qui fuyait devant la Victoire.

« Sauvages! nous sommes Français;

« Prenez pitié de notre gloire.

« Dans l'Inde, Albion a tremblé « Quand de nos soldats intrépides .. Les chants d’allégresse ont troublé « Les vieux échos des Pyramides.

« Les siècles pour tant de hauts faits « N’auront point assez de mémoire.

« Sauvages ! nous sommes Français ;

« Prenez pitié de notre gloire.

« Un homme enfin sort de nos rangs ;

« Il dit : « Je suis le dieu du monde. »

« L’on voit soudain les rois errants « Conjurer la foudre qui gronde.

« De loin saluant son palais,

<* A ce dieu seul ils semblaient croire.

<i Sauvages! nous sommes Français;

« Prenez pitié de notre gloire.

« Mais il tombe; et nous, vieux soldats, « Qui suivions un compagnon d’armes,

« Nous voguons jusqu’en vos climats,

« Pleurant la patrie et ses charmes.

« Qu’elle se relève à jamais « Du grand naufrage de la Loire !

« Sauvages! nous sommes Français;

« Prenez pitié de notre gloire. »

Il se tait. Un sauvage alors Répond : a Dieu calme les orages.

« Guerriers, partagez nos trésors,

« Ces champs, ces fleuves, ces ombrages.

<• Gravons sur l’arbre de la Paix « Ces mots d'un fils de la Victoire :

a Sauvages! nous sommes Français;

« Prenez pitié de notre gloire. »

Le Champ d’Asile est consacré ; Elevez-vous, cité nouvelle;

Soyez-nous un port assuré Contre la fortune infidèle.

Peut-être aussi des plus hauts faits Nos fils, vous racontant l’histoire,

Vous diront : Nous sommes Français ; Prenez pitié de notre gloire.

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