‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 150 sur 315 · LE VIEUX DRAPEAU · texte numérisé non relu

LE VIEUX DRAPEAU

Air . Elle niine i» rire, elle aime à luire.

De mes vieux compagnons de gloire Je viens de me voir entouré;

Nos souvenirs m’ont enivré,

Le vin m’a rendu la mémoire.

Fier de mes exploits et des leurs,

J’ai mon drapeau dans ma chaumière.

Quand secoûrai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?

Il est caché sous l’humble paille Où je dors pauvre et mutile,

Lui qui, sûr de vaincre, a volé Vingt ans de bataille en bataille 1 Chargé de lauriers et de fleurs,

Il brilla sur l’Europe entière.

Quand secoûrai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?

Ce drapeau payait à la France Tout le sang qu'il nous a coûté ;

Sur le sein de la Liberté Nos fils jouaient avec sa lance.

Qu’il prouve encore aux oppresseurs Combien la gloire est roturière.

Quand secoûrai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?

Son aigle est resté dans la poudre, Fatigué de lointains exploits Rendons lui le coq des Gaulois ;

Il sut aussi laucer la foudre.

La France, oubliant ses douleurs,

Le rebénira, libre et fière.

Quand seeoùrai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?

Las d’errer avec la Victoire,

Des lois il deviendra l’appui ;

Chaque soldat fut, grâce à lui,

Citoyen aux bords de la Loire.

Seul il peut voiler nos malheurs ; Déployons-le sur la frontière.

Quand secoùrai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?

Mais il est là près de mes armes ;

Un instant osons l’entrevoir.

Viens, mon drapeau, viens, mon espoir! C’est à toi d’essuyer mes larmes.

D'un guerrier qui verse des pleurs Le ciel entendra la prière :

Oui, je secoùrai la poussière Qui ternit tes nobles couleurs !

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