‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 155 sur 315 · LA FORTUNE · texte numérisé non relu

LA FORTUNE

Am de la Sabotière.

Pan! pan! est-ce ma brune, Paul pan! qui frappe en bas?

Tan ! pan ! c’est la Fortune :

Pan ! pan ! je n’ouvre pas.

* (.'Espagne et Naples étaient alors en révolution.

Tous mes amis, le verre en main,

Te joie enivrent ma chambrette; Nous n’attendons plus que Lisette :

Fortune, passe ton chemin.

Pan! pan! est-ce ma brune,

Pan ! pan ! qui frappe en bas ?

Pan ! pan! c’est la Fortune :

Pan! pan! je n’ouvre pas.

Si Ton en croit ce qu’elle dit.

Son or chez nous ferait merveilles ; Mais nous avons là vingt bouteilles, Et le traiteur nous fait crédit.

Pan ! pan ! est-ce ma brune,

Pan! pan! qui frappe en bas?

Pan ! pan ! c est la Fortune :

Pan ! pan ! je n’ouvre pas. .

Elle offre perles et rubis,

Manteaux d’une richesse extrême.

Eh! que nous fait la pourpre même?

Nous venons d’ôter nos hanits.

Pan ! pan ! est-ce ma brune,

Pan! pan! qui frappe en bas? .

Pan ! pan ! oest la Fortune :

Pan ! pan ! je n’ouvre pas.

Elle nous traite en écoliers.

Parle de gloire et de génie.

Hélas! grâce à la calomnie.

Nous ne croyons plus aux laui iers«

Pan! pan! est-ce ma brune,

Pan! pan! qui frappe en bas?

Pan ! pan ! c’est la Fortune :

' Pan ! pan ! je n’ouvre pas.

Loin des plaisirs, point ne voulons Aux deux être lancés par elle-;

Sans même essayer la nacelle,

Nous voyons s’enfler ses ballons.

Pan ! pan ! est-ce ma brune,

Pan ! pan ! gui frappe en bas ?

Pan ! pan ! c’est la Fortune :

Pan ! pan ! je n’ouvre pas.

Mais tous nos voisins attroupés Implorent ses faveurs traîtresses ; Ah ! chers amis, par nos maîtresses Nous serons plus gaiment trompés.

Pan! pan! est-ce ma brune,

Pan! pan! qui frappe en bas?

Pan ! pan ! uest la Fortune :

Pan ! pan ! je n'ouvre pas.

lodis xr

Am . Sans un p'til brin d’amour.

Ileureux villageois, dansons :

Sautez, fillettes Et garçons!

Unissez vos joyeux sons,

Musettes Et chansons!

Notre vieux roi, caché dans ces tourelles, Louis, dont nous parlons tout bas,

* On tait que ce roi, retiré au Plc*îis-’ea-Tours nrec Tristan, confident et exécuteur de ses cruautés, routait Voir quclque.oi* le» paysans daiucr devant Ica fenêtres de ton chu tenu.

Vent essayer, au temps des fleurs nouvelles, S’il peut sourire à nos ébats.

Heureux villageois, dansons :

Sautez, fillettes Et garçons !

Unissez vos joyeux sons.

Musettes Et chansons 1

Quand sur nos bords on rit, on chante, on aime, Louis se retient prisonnier :

Il craint les grands, et le peuple, et Dieu moine ; Surtout il craint son héritier.

Ileureux villageois, dansons t Sautez, fillettes Et garçons!

Unissez vos Joyeux sons,

Musettes Et chansons !

Vovez d’ici briller cent hallebardes Aux feux d’un soleil pur et doux;

N’entend-on pas le Qui vire des gardas Qui se mêle au bruit des verrous?

Heureux villageois, dansons :

Sautez, fillettes Et garçons 1

Unissez vos }oyeux sons,

Musettes Et chansons!

Il vient! il vient! Ah ! du plus humble chaume Ce roi peut envier la paix.

Le voyez-vous, comme un pale, fan» unie,

A travers ces barreaux épais .

Heureux villageois, dansons :

Sautez, fillettes

Et garçons!

Unissez vos joyeux sons,

Musettes Et chansons!

Dans nos hameaux quelle image brillante Nous nous faisions d'un souverain !

Quoi ! pour le sceptre une main défaillante! Pour la couronne un front chagrin!

Heureux villageois, dansons ;

Sautez, fillettes Et garçons!

Unissez vos j*oyeui sons,

Musettes Et chansons!

Malgré nos chants, il se trouble, il frissonne; L’horloge a causé son effroi :

Ainsi toujours il prend l’heure qui sonne Pour un signal de son beffroi.

Heureux villageois, dansons :

Sautez, fillettes Et garçons!

Unissez vos joyeux sons,

Musettes Et chansons!

Mais notre joie, hélas ! le désespère :

Il fuit avec son favori.

Craignons sa haine, et disons qu’en bon père A ses enfants il a souri.

Heureux villageois, dansons :

Sautez, fillettes Et garçons !

Unissez vos Joyeux sons,

Musettes Et chansons!

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