‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 200 sur 315 · LE VIEUX SERGENT · texte numérisé non relu

LE VIEUX SERGENT

Ain. Di* moi, soldat, dis-moi, l'cn ». nrirns-tu

Près du rouet de sa fille chérie Le vieux sergent se distrait de ses maux,

Et, d’une main que la balle a meurtrie,

Berce en riant deux petits-fils jumeaux.

Assis tranquille au seuil du toit champêtre. Son seul refuge après tant de combats,

11 dit parfois : « Ce n’est pas tout de naître;

« Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas’-»

Mais qu’entend-il? le tambour qui résounc ;

11 voit au loin passer un bataillon.

Le sang remonte à son front (^ui grisonne;

Le vieux coursier a senti l’aiguillon, llélas 1 soudain tristement il s’écrie :

« C’est un drapeau que je ne connais pas !

« Ah ! si jamais vous vengez la patrie, u Lieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!

« Qui nous rendra, dit cet homme héroïque,

« Aux bords du Rhin, à Jemmapes, à Fleurus, « Ces paysans, fils de la République,

« Sur la frontière à sa voix accourus !

« Pieds nus, sans pain, sourds aux lâches alarmes, « Tous à la gloire allaient du même pas.

« Le Rhin lui seul peut retremper nos armes.

« Lieu, mes enfants, vous donne un beau trépas !

« De quel éclat brillaient dans la bataille v Ces nabits bleus par la Victoire usés!

« La Liberté mêlait à la mitraille « Des fers rompus et des sceptres brisés.

« Les nations, reines par nos conquêtes,

« Ceignaient de fleurs le front de nos soldats. « Heureux celui qui mourut dans ces fêtes!

« Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas !

« Tant de vertu trop tôt fut obscurcie :

<i Pour s’anoblir nos chefs sortent des rangs;

« Par la cartouche encor toute noircie,

« Leur bouche est prête à flatter les tyrans.

« La Liberté déserte avec ses armes ;

« D’un trône à l’autre ils vont offrir leurs bras; m A notre gloire on mesure nos larmes.

« Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas! »

Sa fille alors, interrompant sa plainte,

Tout en filant lui chante à demi-voix

Ces airs proscrits qui, les frappant de crainte, Ont en sursaut réveillé tous les rois.

« Peuple, àtontour, que ces cliants te réveillent, o II en est temps ! » dit-il aussi tout bas :

Puis il répète à ses fils qui sommeillent :

« Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépasîu

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