LE VIEUX SERGENT
Ain. Di* moi, soldat, dis-moi, l'cn ». nrirns-tu
Près du rouet de sa fille chérie Le vieux sergent se distrait de ses maux,
Et, d’une main que la balle a meurtrie,
Berce en riant deux petits-fils jumeaux.
Assis tranquille au seuil du toit champêtre. Son seul refuge après tant de combats,
11 dit parfois : « Ce n’est pas tout de naître;
« Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas’-»
Mais qu’entend-il? le tambour qui résounc ;
11 voit au loin passer un bataillon.
Le sang remonte à son front (^ui grisonne;
Le vieux coursier a senti l’aiguillon, llélas 1 soudain tristement il s’écrie :
« C’est un drapeau que je ne connais pas !
« Ah ! si jamais vous vengez la patrie, u Lieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!
« Qui nous rendra, dit cet homme héroïque,
« Aux bords du Rhin, à Jemmapes, à Fleurus, « Ces paysans, fils de la République,
« Sur la frontière à sa voix accourus !
« Pieds nus, sans pain, sourds aux lâches alarmes, « Tous à la gloire allaient du même pas.
« Le Rhin lui seul peut retremper nos armes.
« Lieu, mes enfants, vous donne un beau trépas !
« De quel éclat brillaient dans la bataille v Ces nabits bleus par la Victoire usés!
« La Liberté mêlait à la mitraille « Des fers rompus et des sceptres brisés.
« Les nations, reines par nos conquêtes,
« Ceignaient de fleurs le front de nos soldats. « Heureux celui qui mourut dans ces fêtes!
« Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas !
« Tant de vertu trop tôt fut obscurcie :
<i Pour s’anoblir nos chefs sortent des rangs;
« Par la cartouche encor toute noircie,
« Leur bouche est prête à flatter les tyrans.
« La Liberté déserte avec ses armes ;
« D’un trône à l’autre ils vont offrir leurs bras; m A notre gloire on mesure nos larmes.
« Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas! »
Sa fille alors, interrompant sa plainte,
Tout en filant lui chante à demi-voix
Ces airs proscrits qui, les frappant de crainte, Ont en sursaut réveillé tous les rois.
« Peuple, àtontour, que ces cliants te réveillent, o II en est temps ! » dit-il aussi tout bas :
Puis il répète à ses fils qui sommeillent :
« Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépasîu