‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 205 sur 315 · LE FILS DU PAPE · texte numérisé non relu

LE FILS DU PAPE

Air : Lison dormait dan* la prairie.

Ma mère, quittez la besace,

Le pape avec vous a couché :

Je cours lui rappeler en face Qu’il fut un moine débauché.

Quoique soldat, il va, j’espère,

Me créer cardinal-neveu.

Ah ! ventrebleu !

Ah! sacrebleu!

Saint-père, au moins soyez bon père !

Ah! ventrebleu!

Ah ! sacrebleu !

Ou je f... le saint-siège au feu.

Au sacré collège je frappe ;

Vient un cou tors : Allons, cagot,

Par mon sabre, va dire au pape Que je suis le fis de Margot.

Dis que Margot fut sa commère;

Que moi d’être saint j’ai fait vœu.

Ali ! ventrebleu !

Ah ! sacrebleu !*

Saint-père, au moins soyez bon père ;

• Ali ! ventrebleu !

Ah ! sacrebleu !

Ou je f... le saint-siège au feu.

J’entre en faisant trois révérences ;

Sa Sainteté bâillait d’ennui.

Mon fils, veux-tu des indulgences?

Non, dis-je, on s’en passe aujourd’hui.

J’ai, si j’en crois Margot ma mère,

Vos goûts, votre nez, votre œil bleu.

Ah ! ventrebleu !

Ah ! sacrebleu !

Saint-père, au moins soyez bon pèr»;

Ah! ventrebleu!

Ali ! sacrebleu !

Ou je f... le saint-siège au feu.

Quand mes trois sœurs, vos pauvres filles, Le soir, pour avoir un jupon,

Vendent le plaisir en guenilles.

Au diable votre âme en répond.

Le diable vous sert de compère;

Ayez donc l’air d’y croire un peu.

Ah! ventrebleu!

Ah ! sacrebleu !

Saint-père, au moins soyez bon père;

Ali ! ventrebleu !

Ah! sacrebleu!

Ou je f... le saint-siège au feu.

Il me répond : Dieu nous afflige;

Nous sommes pauvres, mon cher fils.

Mais du purgatoire, lui dis-je,

Où passent donc tous les profits?

Donnez-moi les os de saint Pierre,

Que je les vende à quelque liébreu.

Ah ! ventrebleu !

Ah ! sacrebleu !

Saint-père, au moins soyez bon père ;

Ah! ventrebleu!

Ah ! sacrebleu !

' Ou je f... le saint-siège au feu.

Mon fils, que le diable t’emporte!

Prends ces mille écus et va-t’en.

C’est bien peu, dis-je, mais qu'importe! Dans huit jours j’en viens prendre autant. Tant de sots font encor sur terre Bouillir votre vieux pot-au-feu!

Ah! ventrebleu!

Ah ! sacrebleu !

Saiut-père, au moins soyez bon père;

An! ventrebleu!

Ah ! sacrebleu !

Ou je f.,. le saint-siège au feu.

Adieu, Margot fera ripaille;

Mes sœurs seront morceaux de roi.

Quoique j’abhorre la prètraille,

D’un chapeau rouge affublez-moi.

De me transmettre votre chaire, Bonhomme, occupez-vous un peu.

Ah! ventrebleu!

Ah! sacrebleu!

Saint-père, au moins soyez bon père ;

Ah ! ventrebleu !

Ali! sacrebleu!

Ou je f... le saint-siège au feu.

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