CONTE
Aih du Carnaval.
Du bon vieux temps souffrez que je vous parle. Jadis Richard, troubadour renommé,
Eut pour roi Jean, Louis, Philippe ou Gliarle, Ne sais lequel; mais il en fut aimé.
D’un gros dauphin on fêtait la naissance; Richard à Blois était depuis un jour.
Il apprit là le bonheur de la France.
Pour votre roi chantez, gai troubadour!
Chantez, chantez, jeune et gai troubadour !
La harpe eu main, Richard vient sur la place. Chacun lui dit : Chantez notre garçon.
Dévotement à la Vierge il rend gr;îee,
Puis au dauphin consacre une chanson.
On l’applaudit : l’auteur était en veine.
Mainte beauté le trouve fait au tour,
Disant tout bas : Il doit plaire à la reine. Pour votre roi chantez, gai troubadour ! Chantez, chantez, jeune et gai troubadour!
Le chant fini, Richard court à l'église.
Qu’y va-t-il faire? Il cherche un confesseur;
Il en trouve un, gros moine à barbe grise, Des mœurs du temps inflexible censeur.
Ah ! sauvez-moi des flammes éternelles !
Mon père, hélas ! c’est un vilain séjour.
— Qu avez-vous fait? — J’ai trop aimé les belles. Pour votre roi chantez, gai troubadour!
Chantez, chantez, jeune et gai troubadour!
Le grand malhenr, mon père, c’est qu’on m’aime.
— Parlez, mon fils, expliquez-vous enfin.
— J’ai fait hélas! narguant le diadème,
LTn gros péché, car j’ai fait un dauphin. D’abord le moine a la mine ébahie ;
Mais il reprend : Vous êtes bien en cour ? Pourvoyez-nous d’une riche abbaye.
Pour votre roi chantez, gai troubadour I Chantez, chantez, jeune et gai troubadour !
Le moine ajoute : Eût-on fait à la reine Un prince qu deux, on peut être sauvé.
Parlez de nous à notre souveraine;
Allez, mon fils, vous direz cinq A ve.
Richard absous, gagnant la capitale,
An nouveau-né voit prodiguer l’amour.
Vive à jamais notre race royale !
Pour votre roi chantez, gai troubadour ! Chantez, chantez, jeune et gai troubadour î