‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 247 sur 315 · L’ANGE GARDIEN · texte numérisé non relu

L’ANGE GARDIEN

Am : Jadis un ctSlcbre empereur.

A l’hospice un gueux tout perclus Voit apparaître son bon ange;

Gaiment il lui dit : Ne faut plus Que Votre Altesse se dérange.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Sur la paille né dans un coin,

Suis-je enfant du Dieu qu’on nous prêche? Oui, dit l’ange ; aussi j’eus grand soin Que ta paille fût toujours fraîche.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Jeune et vivant à l’abandon,

L’aumône fut mon patrimoine.

Oui, dit l’ange, et je te fis don Des trois besaces d’im vieux moine.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Soldat bientôt, courant au feu,

Je perdis une jambe en route.

Oui, dit l’ange ; mais avant peu Cette jambe aurait eu la goutte.

Tout compté, je ne vous dois rien ;

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Pour mes jours gras, du vin fraudé Mit le juge après mes guenilles.

Oui, dit l’ange ; mais je plaidai :

Tu ne fus qu’un an sous les grilles,

Tout compté, je 11e vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous Lien.

Chez Vénus j'entre en maraudeur ;

Oïd dîtîw 1 1 V6rt que j’en raPPÔrte.

Ouï, dit 1 ange ; mais par pudeur,

La, je te quittais à la porte.

Tout compté, je ne vous dois rien:

Bon ange, adieu; portez-vous Lien.

D’un làidron je deviens l’époux,

Priant qui 1 ne soit que volage.

Oui, dit l ange, mais nul de nous INe se mele de mariage.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu ; portez-vous Lien.

Vieillard, affranchi de regrets,

Au terme heureux enfin atteins-je ?

Oui, dit l’ange, et je tiens tout prêts De 1 huile, un pretre et du vieux linge. Tout compte, je ne vous dois rieu :

Bon auge, adieu; portez-vous Lien.

De l’enfer serai-je habitant,

Ou droit au ciel veut-on que j’aille?

Oui, dit 1 ange ; ou bien non pourtant • Crois-moi, tire à la courte paille, tout compté, je ne vous dois rien ;

Bon ange, adieu ; portez-vous bien.*

Ce pauvre diable ainsi parlant Mettait en gaîté tout l’hospice.

Il éternue et, s’envolant,

lm ,dlt : Dieu te bénisse!

tout compte, je ne vous dois rien •

Bon ange, adieu; portez-vous Lien.

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