‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 249 sur 315 · LES LUTINS DE MONTLHÉRI · texte numérisé non relu

LES LUTINS DE MONTLHÉRI

Air : Ce soir-là tout ton ombrage.

A pied, la nuit, en voyage,

Je m’étais mis à l'abri Contre le vent et l’orage.

Dans la tour de Montlhéri.

Je chantais, lorsqu’un long rire D’épouvante m’a glacé;

' Puis tout haut j’entends dire :

« Notre règne est passé. »

Des follets brillent dans l’ombre,

Et la voix, que j’entendais

Se mêle aux cris d’un grand nombre

De lutins, de farfadets.

Au bruit d’une aigre trompette Le sabbat a commencé.

Plus haut la voix répète :

« Notre règne est passé.

ti Non, dit la voix, plus de fêtes!

« Esprits, vite délogeons.

« La Raison, par ses conquêtes,

«. Nous bannit des vieux donjons.

« Le monde a changé d’oracles; u Nos prodiges ont cessé.

« L’homme fait des miracles;

« Notre règne est passé.

« Nous donnâmes à la Grèce « Des dieux créés pour les sens,

« Dont l’éternelle jeunesse « Vivait de fleurs et d’encens.

« Dans la Gaule encor sauvage « Pour nous le sang fut versé.

« Hélas! même au village, a Notre règne est passé.

r On nous vit, sous vos trophées.

« Paladins et troubadours, a Enchaîuer aux pieds des fées R Les rois, les saints, les Amours.

« La magie à notre empire « Soumit le ciel courroucé.

« Des sorciers j’entends rire ; n Notre règne est passé.

« La Raison nous exorcise ;

« Esprits, fuyons sans retour. »

La voix se tait... O surprise!

J’ai cm voir crouler la tour.

De leur retraite chérie Tous ont fui d’un vol pressé.

Au loin la voix s’écrie :

« Notre règne est passé. ■

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