‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 253 sur 315 · MES JOURS GRAS DE · texte numérisé non relu

MES JOURS GRAS DE

Am : Dis-moi donc, mon p’tit Hippolyte.

Mon bon roi, Dieu vous tienne en joie ! Bien qu’en butte à votre courroux,

Je passe encor, grâce à Bridoie *,

Un carnaval sous les verrous.

Ici fallait-il que je vinsse Perdre des jours vraiment sacrés!

J’ai de la rancune de prince :

Mon bon roi, vous me îe pairez.

Dans votre beau discours du trône **, Méchant, vous m’avez désigné.

C’est me recommander au prône;

Aussi me suis-je résigné.

Mais, triste et seul, quand j’entends rire Tout Paris en joyeux émoi,

Je reprends goût à la satire :

V«us me le pairez, mon bon roi.

Voyez, verre en main, bouche pleine,

Fous déguisés de vingt façons,

Mes amis m’oublier sans peine,

Tout en répétant mes chansons.

Avec eux, ma verve en démence Eût perdu ses traits acérés;

J’aurais pu boire à la clémence :

Mon bon roi, vous me le pairez.

* J'ai passé k Sainte-Pélagie le carnaval de 1822.

*♦ Il y avait, dans le discours du trône de cctle année, une phrase où tout le monde a cru voir une application a l’alTairo qui m'a été faite. Quel honneur !

Vous connaissez Lise la folle,

Qui sur mes fers pleure d’ennui;

(le soir même un nal la console :

« Bah ! dit-elle ; tant pis pour lui ! » J’allais, pour complaire à la belle.

Nous peindre heureux sous votre loi ; Serviteur ! Lise est infidèle :

Vous me le pairez, mon bon roi.

Dans mon vieux carquois où font brèche Les coups de vos juges maudits,

Il me reste encore une flèche;

J’écris dessus : Pour Charles Dix.

Malgré ce mur qui me désole,

Malgré ces barreaux si serrés,

L’arc est tendu, la flèche vole :

Mon bon roi, vous me le pairez.

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