‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 26 sur 315 · CE (?UE SERONT NOS ENFANTS · texte numérisé non relu

CE (?UE SERONT NOS ENFANTS

Ai* : AlU'«'Vout*en. gcnj Je !» ojee.

Je le dis sans blesser personne,

Notre âge n’est point l’âge d’or ;

Mais nos fils, quon me le pardonne, Vaudront bien moins que nous encor.

Pour peupler la machine ronde,

Qu’on est fou de mettre du sien !

Ah! pour un rien,

Oui, pour un rien,

Nous laisserions finir le monde,

Si nos femmes le voulaient bien.

En joyeux gourmands que nous sommes, Nous savons chanter un repas ;

Mais nos fils, pesants gastronomes, Boiront et ne chanteront pas.

D’un sot à face rubiconde Ils feront un épicurien.

Ah! pour un rien,

Oui, pour un rien,

Nous laisserions finir le monde,

Si nos femmes le voulaient bien.

Grâce aux beaui esprits de notre âge, L’ennui nous gagne assez souvent;

Mais deux Instituts, je le gage,

Lutteront dans l’âge suivant.

J)e se recruter à la ronde Tous deux trouveront le moyen.

Ah! pour un rien,

Oui, pour un rien,

Nous laisserions finir le monde,

Si nos femmes le voulaient bien.

Nous aimons bien nn peu la guerre,

Mais sans redouter le repos.

Nos fils, ne se reposant guère,

Batailleront à tout propos.

Seul prix d’une ardeur furibonde,

Un laurier sera tout leur bien.

Ah! pour un rien,

Oui, pour un rien,

Nous laisserions finir le monde,

Si nos femmes le voulaient bien.

Nous sommes peu galants, sans doute; Mais nos fils, d’excès en excès,

Egarant l’Amour sur sa route,

Ne lui parleront plus français.

Ils traduiront, Dieu les confonde!

VArt d’aimer en italien.

Ah! pour un rien,

Oui, pour- un rien,

Nous laisserions finir le monde,

Si nos femmes le voulaient bieu.

Ainsi, malgré tous nos sophistes,

Chez nos descendants on aura Pour grands hommes des journaliste.-*.

Pour amusement l’Opéra;

Pas une vierge pudibonde,

Pas même un aimable vaurien.

Ah! pour un rien,

Oui, pour un rien,

Nous laisserions finir le monde.

Si nos femmes le voulaient bien.

De fleurs, amis, ceignant nos tètes.

Vainement nous formons des vœux Pour que notre culte et nos fêtes Soient en honneur chez nos neveux ;

Ce chapitre que Momus fonde Chez eux manquera de doyen.

Ah! pour un rien,

Oui, pour un lien.

Nous laisserions finir le monde.

Si nos femmes le voulaient bien.

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