L’ALCHIMISTE
Am de la Bonne Vieille.
Tu vas, dis-tu, vieux et pauvre alchimiste, Tirer de l’or des métaux indigents,
Il ne faut pas croire que cette espèce de charlatans ou de fou* ait entièrement disparu de la France. C'eut l'un d’eux qui tu’a donné l’idée de cette chanson. Il faut cunrcair que celuilu avau l’air d'une profonde conviction.
Et, faisant plus pour moi, que l’âge attriste.
Me rajeunir par de secrets agents.
J’ouvre ma bourse à ta science occulte ;
Mou cœur crédule au grand œuvre a recours. Chacun pourtant conservera son culte :
Tout l’or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.
Sur ce brasier souffle donc en silence.
Ou d'un vieux, livre interroge les mots * ;
Ton art est sur; le Pactole et Jouvence Dans ce creuset vont marier leurs flots.
L’œil sur ce feu, que tu rêves de choses !
Vois-tu déjà le sourire des cours?
Moi, pour mon front je n’attends que des roses : Tout l’or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.
Ivre d’espoir, quel délire t’égare !
« O rois ! dis-tu, baisez mes pieds poudreux.
« J’aurai plus d’or que Cortez et Pizarre « N’en ont conquis pour d’autres que pour eux.» Naguère encor, toi qui vivais d’aumoncs,
Déjà l’orgueil rugit dans tes discours.
Achète au poids et sceptres et couronnes :
Tout l’or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.
* L'Ilermcs des anciens Egyptiens passait dans l’antiquitc pr tir avoir découvert tous 1rs secrets de la nature et les avoir transmis nux prêtres de sou pays. I.a transmutation des métaux lui était attribuée , de la le nom Hr.r.Mrrtgcr. Les prétendus livres qui pot lent son nom sont, dit-on, l’ouvrage des Grecs du Basfnipire. Ils sont encore la règle doj alchimistes rt sonftlciirs, gens qui cherchent le grand ouvre on la pierre philosophale, secret qui donne à la fois des trésors à volonté et la prolongation indéfinie de la vie humaine. Nicolas Flamel, qui rut la réputation, chez nos aïeux, d’avoir découvert la pierre philosophale, passait pour être devenu immortel, et je ne sais quel ancien voyageur raconte l’avoir rencontré en Asie deux ou trois siècles apres l'époque où il vécut.
Oui, rends-moi-les avec leur indigence;
Rends à mon âme un corps plus vigoureux ;
A mon esprit ôte l’expérience;
Souffle en mon cœur un sang plus généreux. Puis, t’échappant de ton palais de marbre,
En char pompeux bercé sur le velours,
Vois-moi dormir, heureux, au pied d’un arbre : Tout l’or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours
Je sais pourtant ce que vaut la richesse ;
Mais j’aime encor ; je possède, et, cent fois.
J’ai craint de voir ma trop jeune maîtresse Compter mes ans et les siens sur ses doigts.
C’est du soleil qui sied à sa peau brune ;
C’est de l’été qu'il faut à nos amours.
Celle que j’aime est sourde à la fortune :
Tout l’or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.
Mais au creuset ta main que trouve-t-elle?
Rien ! te voilà plus pauvre et moi plus vieux, a Non, nou, dis-tu ; demain, lune nouvelle.
« Recommençons : demain nous serons dieux.»
Tu mens, vieillard ; mais d’erreurs caressantes J’ai tant besoin, que je te crois toujours.
Sur mon front nu vois ces rides naissantes :
Tout l’or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.