‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 268 sur 315 · LES RELIQUES · texte numérisé non relu

LES RELIQUES

Am : Donnez-vous la peine d’attendre

D’un saint de paroisse en crédit Seul un soir je baisais la châsse.

Vient un bon vieillard qui me dit :

« Veux-tu qu’il parle ? — Oh ! oui, de grâce, « Oui, b dis-je, et me voilà béant.

Voilà qu’il fait des croix magiques,

DE BERANGEB.

bit

Voilà le saint sur son séant,

Qui dit d’un ton de mécréant :

« Dévots, baisez donc mes reliques ;

« Baisez, baisez donc mes reliques ! «

Il rit, ce squelette incivil,

Il rit à s’ eu tenir les côtes.

« Depuis huit siècles, poursuit-il,

« Je grille en enfer pour mes fautes;

« Mais un prêtre au nez bourgeonné, u Pour mieux dimer sur se,s pratiques, t par un tour bien imaginé,

« Fit un saint des os d’un damné.

« Dévots, baisez donc mes reliques ;

« Baisez, baisez donc mes reliques.

* De mon temps, je fus bateleur,

* Ribaud, filou, témoin à gage;

« Puis, eu grand m’étant fait voleur.

« J’eus d’un baron mœurs et langage.

< De leurs châsses, dans mes larcins,

« J’ai dépouillé des basiliques;

« Au feu j’ai jeté de bons saints.

« Du ciel admirez les desseins.

'c Dévots, baisez donc mes reliques;

* Baisez, baisez donc mes reliques.

« Baisez, sous ce dais de velours,

« La sainte qu’on prira dimanche :

a C’est une Juive, mes amours,

« Dont l’œil fut noir et la peau blanche. « Grâce à ses charmes. réprouvés,

« Dix prélats sont morts hérétiques,

« Vingt moines sont morts énervés :

« Trouvez mieux si vous le pouvez.

« Dévots, baisez donc ses reliques;

« Baisez, baisez donc ses reliques.

« Près d’elle est un vieux crâne étroit;

« Baisez ce saint d’une autre espèce.

« Jadis, de larron maladroit, b II devint bourreau plein d’adresse.

b Nos rois, pour se bien divertir, b L’occupaient aux fêtes publiques.

b Hélas ! je lui dois, sans mentir, b L’honneur de passer pour martyr.

b Dévots, baisez donc ses reliques ;

« Baisez, baisez donc ses reliques.

« Sous les noms de pieux patrons, b Ainsi nos corps, mis en spectacle, b Pont pleuvoir l’argent dans les troncs . b C’est là notre plus grand miracle.

b Mais du diable j’entends le cor ; b Bonsoir, messieurs les catholiques. »

Il se recouche, et vole encor Sur l’autel un crucifix d’or.

Dévots, baisez donc des reliques !

Baisez, baisez donc des reliques !

Page 1