‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 273 sur 315 · COLIBRI · texte numérisé non relu

COLIBRI

Air; Garde à vous 1

Mes amis.

J’ai soumis

L’enfer à ma puissance.

De son obéissance J’ai pour gage certain lin lutin, (bis.)

Sous forme d’oiseau-mouche A mon chevet il couche.

Lutin doux et chéri, Baisez-moi, Colibri,

Colibri ! (ter.)

S’éveillant,

Babillant,

Ali jour qui naît et brille, Son petit corps scintille D’émeraude et d’azur Et d’or pur.

Fleur qui cherche sa tige, Le voilà qui voltige :

L’Aurore en a souri.

Baisez-moi, Colibri,

Colibri 1

Je le vois,

A ma voix,

Voler vers qui m’implore.

Ses ailes font éclore Richesse, honneurs, amours Et beaux jours.

Quelque soif qui m’embrase,

Il peut remplir le vase Que ma bouche a tari.

Baisez-moi, Colibri,

Colibri !

Je puis voir Son pouvoir

Franchir l’espace et l’onde ;

I)u Pérou, de Golconde, M’apporter dans nos ports Les trésors.

Mais non; point d’opulence, Quand un peuple en silence Souffre et meurt sans abri.

Baisez-moi, Colibri,

Colibri !

Je puis voir Son pouvoir

Me donner des couronnes.

Des palais à colonnes,

Des gardes et l’amour D’une cour.

Mais non; j’en sais l’histoire :

Le monde, à tant de gloire, l)e douleur pousse un cri.

Baisez-moi, Colibri,

Colibri !

Demandons,

Pour seuls dons,

Simples toits, portes closes; Des chants, du vin, des roses, Et la paix d’un reclus.

Rien de plus, (bis.)

Mon paradis s’arrange.

Lieux ! et l’oiseau se change En piquante houri.

Baisez-moi, Colibri,

Colibri, (ter.)

ÉMILE DEBRAUX*

CHANSON-PROSPECTDS

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