‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 277 sur 315 · PONIATOWSKI · texte numérisé non relu

PONIATOWSKI

Juillet 4831.

Aih des Trois Couleurs.

Quoi ! vous fuvez, vous les vainqueurs du monde ! Devant Leipsïck le sort s’est-il mépris?

Quoi J vous fuyez! et ce fleuve qui gronde D’un pont qui saute emporte les débris ! Soldats, chevaux, pêle-mêle, et les armes, Tout tombe là; l’Elster roule entravé.

Il roule sourd aux vœux, aux cris, aux larmes : « Rien qu’une main (bis), Français, je suis sauve!

* Joseph Poniatowski, neveu du dernier roi de Pologne, ne en 1763, servit glorieusement dans les armées françaises depuis IK06 jusqu’à 1813. Après la bataille de Lcipsick, Napoléon l’éleva au grade de maréchal d’Erapire, et lui donna le commandement d’un corps de Polonais et de Français, à la tete du juel il lit des prodiges de valeur Le 18 octobre, les ponts de l’Elster ayant été détruits pour couvrir notre retraite, Poniatowski, resté à l’arrièrc-gardc et pressé^de toutes parts par les troupes ennemies, rejette les propositions que leurs généraux lui font faire. Dangereusement blessé, il s’écrie: Dur m’a convié l'honneur tics Polonais, je ne le remettrai qu’a Duc Il tente de s’ouvrir un passage à travers le lleuvc ; mais, épuisé de sang et entraîné par les (lots, il disparaît englouti. Ce n’est que quelques jours apres que sou corps fut trouvé sur les bords de l’Elster

Cette chanson, celles de Hatons-nocs ! du Qcatorze Jru.t.ï» 1828, et A mes amis oevenls ministres, furent publiées en 1831.

« —Rien qu’une main ; malheur à qui l’implore! « Passons, passons. S’arrêter ! et pour qui ? » Pour un héros que le fleuve dévore z Blessé trois fois, .c’est Poniatowski.

Qu’importe ! on fuit. La frayeur rend barbare ; A pas un cœur son cri n’est arrivé.

De son coursier le torrent le sépare : a Rien qu’une main (bis), Français, je suis sauve!»

Il va périr; non, il lutte, il surnage :

Il se rattache aux longs crins du coursier.

« Mourir noyé ! dit-il, lorsqu’au rivage « J’entends le feu, je vois luire l’acier!

au profit* du comité polonais. Elles étaient précédées u une dédicace au général La Fayette, president de ce comité, et premier grenadier de la garde nationale de Varsovie. Dans la dédicace, trop longue pour être rapportée ici, "se trouvaient deux couplets qu'on inc saura grc peut-être de donner, parce qui.* sont un hommage au héros des deux mondes.

Sa vie entière est comme un docte ouvrage,

Par la vertu transcrit, conçu, dicté.

La gloire y brille; à chaque jour sa page,

Point d’LRRATA : tout pour la liberté.

De bien longtemps qu’à nos pleurs Dieu ne livre,

Si plein qu’il soit, le chapitre dernier,

Et qu’un seul mot constate en ce beau livre Que le grand homme aima le chansonnier.

Comme il s’agissait de solliciter des secours d'argent pour la Pologne, j'ajoutais, sur l’air de lu Ssinrt Aixume nrs ri-tjri.es '.

. , fia

Le Polonais de son shako civique Ceint votre front, ce front que tant de fois Ohnnlz, Paris, l'Europe et l’Amérique tint vu, si calme, intimider les rois,

Lorsque je chante honneur, gloire, souffrance,

Si dans les cœurs ma voix trouve un éçbo,

Pour recueillir l'obolo de ia France,

Tendez voire shako.

CüÀNSONS

« Frères, à moi ! vous vantiez ma vaillance.

« Je vous chéris; mon sang l’a bien prouvé.

« Ah ! qu’il m’en reste à verser pour la France ! « Rien qu’une main (bis) , Français, je suis sauvé!»

Foint de secours,, et sa main défaillante Lâche son guide : adieu, Pologne, adieu!

Mais un doux rêve, une image brillante,

Dans son esprit descend du sein de Dieu.

«i Que vois-je? enfin, l’aigle blanc se réveille,

« Vole, combat, de sang russe abreuvé ;

« Un chant de gloire éclate à mou oreille :

« Rien qu’une main (bis) , Français, je suis sauvé!*

Point de secours ! il n’est plus, et la rive Voit l’ennemi camper dans ses roseaux.’

Ces temps sont loin; mais une voix plaintive Dans l’ombre encore appelle au fond des eaux, Et depuis peu, grand Dieu, fais qu’on me croie! Jusques au ciel sou cri s’est élevé.

Pourquoi ce cri que le ciel nous renvoie :

« Rien qu’une main (bis), Français, je suis sauvé! »

C’est la Pologne et son peuple fidèle Qui tant de fois a pour nous combattu;

Elle se noie au sang qui coule d’elle,

Sang qui s’épuise en gardant sa vertu.

Comme ce chef mort pour notre patrie,

Corps en lambeaux dans l’Elster retrouvé.

Au bord du gouffre un peuple entier nous crie : « Rien qu’une maiu (bis) .Français, je suis sauvé !»

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