‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 285 sur 315 · UNE CHANSON ET UNE BALLE DE CAFÉ · texte numérisé non relu

UNE CHANSON ET UNE BALLE DE CAFÉ

Aih ; Timlpfs échos, errants dans ces vallons.

Quoi ! vos échos redisent nos chansons ! ^

Bous Mauriciens, ils sont Français* encore .

A travers flots, tempêtes et moussons,

Leur voix me vient d’où vient pour nous l’aurore. De tant d'échos résonnant jusqu’à nous,

Les plus lointains nous semblent les plus doux.

Mes chants joyeux de jeunesse et d’amour Ont donc aussi fait un si long voyage.

Loin de vos bords leur bruit vole "à son tour, Et me revient quand je suis vieux et sage.

De tant d’échos résonnant jusqu’à nous,

Les plus lointains nous semblent les plus doux.

On m’a conté qu’au bord du Gan<*e assis,

Des exilés, gais enfants de la Seine,

A mes chansons, là, berçaient leurs soucis. Qu’ainsi ma Muse endorme votre peine !

De tant d’échos résonnant jusqu’à nous,

Les plus lointains nous semblent les plus doux.

Si mes chansons vont encor voyager, Accueillez-les, ces folles hirondelles,

Comme un bon fils reçoit le messager Qui d’une mère apporte des nouvelles.

De tant d’échos résonnant jusqu’à nous,

Les plus lointains nous semblent les plus doux.

Vous-même aussi célébrez vos amours.

Dieu permettra que nos voix se confondent ; Mais en français, frèresy chantez toujours.

Pour que toujours nos échos se répondent.

De tant d’échos résonnant jusqu’à nous,

Les plus lointains nous semblent les plus doux.

cinquante; ans

Am du l'arlngc de la richesse.

Pourquoi ces fleurs? est-ce ma fête?

Non; ce bouquet vient m’annoncer Qu’un demi-siècle sur ma tête Achève aujourd’hui de passer.

Oli! combien nos jours sont rapides!

Oh ! combien j’ai perdu d’instants !

Oli ! combien je me sens de rides !

Hélas ! hélas ! j’ai cinquante ans.

À cet âge, tout nous échappe ;

Le fruit meurt sur l’arbre jauni.

Mais à ma porte quelqu’un frappe ; N’ouvrons point : mon rôle est fini.

C’est, je gage, un docteur qui jette Sa carte, où s’est logé le Temps.

Jadis, j’aurais dit : C’est Lisette.

Hélas ! hélas ! j’ai cinquante ans.

En maux cuisants vieillesse abonde :

C’est la goutte qui nous meurtrit;

La cécité, prison profonde ;

La surdité, dont chacun rit.

Puis la raison, lampe qui baisse,

N’a plus que des feux tremblotants.

Enfants, honorez la vieillesse !

Hélas! hélas! j’ai cinquante ans!

Ciel! j’entends la Mort, qui, joyeuse, Arrive en se frottant les mains.

A ma porte la fossoyeuse

Frappe ; adieu, messieurs les humains !

bU

En bas, guerre, famine et peste;

En haut, plus d’astres éclatants.

Ouvrons, tandis que Dieu me reste.

Hélas! hélas! j’ai cinquante ans.

Mais non ; c’est vous ! vous, jeune amie, Sœur de charité des amours!

Vous tirez mon âme endormie Du cauchemar des mauvais jours.

Semant les roses de votre âge Partout, comme fait le printemps, Parfumez les rêves d’un sage.

Hclas ! hélas ! j’ai cinquante ans.

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