‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 36 sur 315 · A MESSIEURS LES GASTRONOMES · texte numérisé non relu

A MESSIEURS LES GASTRONOMES

Am . T oui le long de ta rivicre

Gourmands, cessez de nous donner La carte de votre diner ;

DE DEMANGER. 6$

Tant de gens qui sont au régime Ont droit de vous eu faire un crime.

Et d’ailleurs, à chaque repas,

D’étouffer ne tremblez-vous pas?

C'est une mort peu digne qu’on l’admire.

Ah ! pour étouffer, n’étouffons gue de rire ; iYétouffous, n’étouffons que de rire.

La bouche pleine, osez-vous bien Chanter F Amour, qui vit de rien?

A^ l’aspect de vos barbes grasses,

D’effroi vous voyez fuir les Grâces;

Ou, de truffes en vain gonflés,

Près de vos belles vous ronflez.

L'embonpoint même a dit parfois vous nuire- Ah’ pour étouffer, n’étouffons que de rire; N’étouffons, n’étouffons que de rire.

Vous n’exaltez, maîtres gloutons,

Que la gloire des marmitons :

Méprisant l’auteur humble et maigre Qui mouille un pain bis de vin aigre.

Vous ne trouvez le laurier bon Que pour la sauce et le jambon :

Chez les Français quel étrange délire!

Ah ! pour étouffer, n’étouffons que de rire ; N’étouffons, n’étouffons que ae rire.

Pour goûter à point chaque mets,

A table ne causez jamais ;

Chassez-en la plaisanterie :

Trop de gens, dans notre patrie,

De ses charmes étaient imnus;

Les bons mots ne sont qu’un abus; Pourtant, messieurs, permettez-uous d’en dire- Ah! pour étouffer, n’etouffons que de rire; N’étouffons, n’étouffons que ae rire.

Français, dînons pour le dessert.

L’Amour y vient, Philis le sert;

Le bnuchou part, l’esprit pétille;

La Décence même y babille,

Et par la Gaîté, qui prend feu,

Se laisse coudoyer un peu.

Chantons alors l’ai qui nous iuspire.

Ah! pour étouffer, n’étouffons que de rire; N’étouffuns, n’étouffons que de rire.

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