‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 42 sur 315 · REQUÊTE · texte numérisé non relu

REQUÊTE

HÛStNTic

far les ciiiens de qualité

POUR OBTENIR Qü’ON LEUR RENDE L’ENTRÉE LIBRE AU JARDIN DES TUILERIES.

Juin 1844.

Am • Faut d’u vertu pas trop n’eft faut.

Puisque le tyran est à bas, ) Br{.

Laissez-nons prendre nos ébats. )

Aux maîtres des cérémonies Plaise ordonner que, dès demain.

Entrent sans iaisse aux Tuileries Les chiens du faubourg Saint-Germain.

Puisque le tyran est à bas,

Laissez-nous prendre nos ébats.

Les chiens dont le pavé se couvre Distinguez-nous à nos colliers.

On sent que les honneurs du Louvre Iraient mal à ces roturiers.

Puisque le tyran est à bas, Laissez-nous” prendre nos ébats.

• Quoique toujours, sous son empire, L’usurpateur nous ait chassés,

Nous avons laissé sans mot dire Aboyer tous les gens pressés.

Puisque le tyran est à bas,

Laissez-nous prendre nos ébats.

Quand sur son règne on prend des notes, Grâce pour quelques chiens félons !

Tel qui longtemps lécha ses bottes Lui mord aujourd’hui les talons.

Puisque le tyran est à bas,

Laissez-nous prendre nos ébats.

En attrapant mieux que des puces,

On a vu carlins et bassets Caresser Allemands et Russes Couverts encor du sang français.

Puisque le tyran est à bas,

Laissez-nous prendre nos ébats.

Qu’importe que, sûr d’un gros lucre, L’Anglais dise avoir triomphé?

On nous rend le morceau de sucre;

Les chats reprennent leur café.

Puisque le tyran est à bas,

Laissez-nous prendre nos ébats.

Quand nos dames reprennent vite Les barbes et le caraco,

Quand on refait de l’eau bénite, Remettez-nous in statu quo.

Puisque le tyran est à bas, Laissez-nous prendre nos ébats.

Nous promettons, pour cette grâce, Tous, hors quelques barbets honteux, De sauter pour les gens en place,

De courir sur les malheureux.

Puisque le tyran est à bas, i Laissez-nous prendre nos ébats. \ BIi

LA CENSURE

CHANSON

OUI COURUT MANUSCRITE AU MOIS D'AOUT 1814 *. Ain : Qu’esl-cc qu'ça u’faii a moi *

Que, sous le joug*des libraires,

On livre encor nos auteurs Aux censeurs, aux inspecteurs, Rats-de-cave littéraires ;

Riez- en avec moi.

Ah! pour rire Et pour tout dire,

Il n’est besoin, ma foi,

D’un privilège au roi !

L’Etat ayant pins d’un membre Que la presse eût fait trembler,

Qu’on ait craint son franc parler Dans la chambre et l'antichambre ; Riez-en avec moi.

* On venait de discuter à la Chaipbre une loi restrictive de U liberté de la presse, présente* par l’abbé d« Muutcsquiou ministre de l'inUriaitr.

DE BÉRANGER. 8t

Ah! pour rire Et pour tout dire,

Il n’est besoin, ma foi,

D’un privilège du roi !

Que cette Chambre sensée Laisse avec soumission Sortir la procession Et renfermer la pensée ,*

Riez-en avec moi.

Ah! pour rire- Et pour tout dire,

Il n’est besoin, ma foi,

D’un privilège du roi !

Qu’un censeur bien tyrannique De l’esprit soit le geôlier,

• Et qu’avec son prisonnier Jamais il ne communique ,

Riez-en avec moi.

Ali ! pour rire Et pour tout dire.

Il n’est besoin, ma foi,

D’un privilège du roi !

Quand déjà l’on n’y voit guère,

Quand on a peine a marcher,

En fei/pant de la moucher,

Qu’on éteigne la lumière ;

Riez-en avec moi.

Ah! pour rire Et pour tout dire,

Il n’est besoin, ma foi,

D’un privilège du roi !

Qu’un ministre, qui s’irrite Quand on lui fait la leçon,

Lise tout bas ma chanson Qui lui parvient manuscrite ; Riez-en avec moi.

Ah ! pour rire Et pour tout dire,

Il n’est besoin, ma foi,

I)’im privilège du roi

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