‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 53 sur 315 · LES PARQUES · texte numérisé non relu

LES PARQUES

Am : Elle aime k rire, clic aime a lioire.

Sages et fous, gueux et monarques, Apprenez un fait tout nouveau :

Bacchus a vidé son caveau Pour remplir la coupe des Parques ;

C’est afin de plane aui Amours,

Qui chantaient d’une voix sonore :

Que tout mortel ajoute encore Des jours heureux à ses beaux jours.

Du monde éternelle ennemie,

Atropos, au fatal ciseau,

Buvant à longs traits et sans eau,

Sur la table tombe endormie;

Mais ses deux sœurs filent toujours, Souriant à qui les implore.

Que tout mortel ajoute encoie Des jours heureux à ses beaux jours.

Lachésis, remplissant sa tasse,

S’écrie : Atropos dort enfin 1 Mais trop sec, hélas ! et trop fin,

Je crains que mon fil ne se casse.

Pour le tremper ayons recours A ce nectar qui me restaure.

Que tout mortel ajoute encore Des jours heureux à ses beaux jours.

Garnissant sa quenouille immense,

Clotho lui dit: Oui, travaillons;

De vin arrosons des sillons Où de mon lin croit la semence.

Cette rosée aura toujours Le pouvoir de la faire éclore.

Que tout mortel ajoute encore Des jours heureux à ses beaux jours.

Quand ces Parques, vidant bouteille.

Filent nos jours sans nul souci,

Nous qui buvons gaiment ici,

Giaignons qu’ Atropos ne s’éveille. .

Qu’elle dorme au gré des Amours,

Et répétons à chaque aurore :

Que tout mortel ajoute encore Des jours heureux à ses beaux jours.

MON Cl’ RÉ

Am : l'n chanoine de l’Auierroi*

Le curé de notre, hameau S’empresse à vider son tonneau,

Pour quand viendra l’automne.

Bénissant l)ieu de ses présents,

A sa nièce, enfant de seize ans,

Il dit parfois : Mignonne,

Cache-moi bien ce qu’on fera ;

Le diable aura ce qu’il pourra.

Eh î zon, zon, zon,

Baise-moi, Suzon,

Et ne damnons personne.

Fait pour chasser les loups gloutons, Dois-je essayer sur les moutons Si ma houlette est bonne?

Non;. mais à mon troupeau je dis ; La paix est un vrai paradis Qu’ici-bas l’on se donne.

Surtout j’ai soin, tant qu’il se peut, De ne prêcher que quand il pleut.

Eh! zon, zon, zon,

Baise-moi, Suzon,

Et ne damnons personne.

Les dimanches, point ne défends La joie à ces pauvres enfants ;

J’aime alors qu’on s’en donne.

Lu chœur, où seul je suis souvent, Je les entends rire en buvant Chez la mère Simonne;

Ou j’y cours même, s’il le faut,

Les prier de chanter moins haut.

Eh ! zon, zon, zon,

Baise-moi, Suzon,

Et ne damnons personne.

Sans jamais en rien publier,

Je vois s’enfler le tablier Le plus d’une friponne.

S’épouse-t-on six mois trop tard, Faut-il baptiser un bâtard:

C’est le ciel qui l’ordonne.

Les plaintes fort peu me siéraient, x Le ciel et Suzon en riraient.

Eh! zon, zon, zon,

Baise-moi, Suzon,

Et ne damnons personne.

Notre maire, un peu mécréant,

A maint sermon répond : Néant.

Mais que Lieu lui pardonne !

Lepuis qu’à sa table il m’admet, J’ai su qu’à deux mains il semait, Sans bruit faisant l’aumône ;

Or, la grâce ne peut faillir:

Puisqu’il sème, il doit recueillir.

Eh! zon, zon, zon,

Baise-moi, Suzon,

Et ne damnons personne.

Je préside à tous les banquets,

A ma fête j’ai des bouquets,

Et l’on remplit ma tonne.

Mon évêque, triste et bigot,

Prétend que je sens le tagot ;

Mais pour qu’un jour, mignonne* J’aille, où les anges lont leurs nids, Revoir tous ceux que j’ai bénis,

Eh! zon, zon, zou,

Baise-moi, Suzon,

Et ne damnons personne.

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