‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 55 sur 315 · A UNE DAME ÂGÉE DE SOIXANTE-DIX ANS, LE JOUR DE SAINTE-MARGUERITE · texte numérisé non relu

A UNE DAME ÂGÉE DE SOIXANTE-DIX ANS, LE JOUR DE SAINTE-MARGUERITE

Am . La Cataceua

Laissons la musique nouvelle ;

Notre amie est du bon vieux temps.

Sur un air aussi simple qu’elle Chantons des couplets bien chantants.

L’esprit du jour a son mérite ;

Mais c’est surtout lui que je crains :

Ses traits si fins Me semblent vains ;

Pour les entendre il faudrait des devius. Amis, chantons à Marguerite l)e vieux airs et de gais refrains.

Elle a chanté dans sa jeunesse Ces couplets comme ou n’eu fait plus,

Où Favart peignait la tendresse,

Où Panard frondait les abus.

Contre l’humeur qui nous irrite Quels antidotes souverains !

Leurs vers badins,

Francs et malins,

Aux moins joyeux faisaient battre des mains. Ah ! rappelons à Marguerite Leurs vieux airs et leurs gais refrains.

C’est un charme que la mémoire:

On se répété jeune ou vieux.

Les refrains forment notre histoire ;

Il faut tâcher qu’ils soient joyeux.

Amusons le temps qui trop vite Entrainc les pauvres humains ;

Et, les destins Sur nos festins

Faisant briller des jours longs et sereins,

Que dans trente ans pour Marguerite Nos couplets soient de gais refrains .

A table alors venant nous rendre,

Tous le front ridé par les ans,

Dans une accolade bien tendre Nous mêlerons nos cheveux blancs.

Les souvenirs naîtront bien vite ;

Nos cœurs émus en seront pleins.

Moments divins !

Les noirs chagrins

Fuyant au bruit des transports les plus saints, Sur les cent ans de Marguerite Nous chanterons de gais refrains.

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