‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 66 sur 315 · LES MARIONNETTES · texte numérisé non relu

LES MARIONNETTES

Am : La marmotte a mal au pied.

Les marionnettes, croyez-moi,

Sont les jeux de tout âge :

Depuis l’artisan jusqu’au roi,

De la ville au village;

Valets, journalistes, flatteurs,

Dévotes et coquettes,

Ah ! sans compter nos grands acteurs, Combien de marionnettes!

de déranger.

L’homme, fier de marcher debout, Vante son équilibre ;

Parce qu’il court et va partout,

Le pantin se croit libre.

Mais dans combien de mauvais pas Sa fortune le jette !

Ah ! du destin l’homme ici-bas N’est que la marionnette.

Ce tendron des plus innocents,

Que le désir dévore,

Au trouble secret de ses sens ' Ne conçoit rien encore.

Veiller la ‘nuit, rêver le jour,

L’étonne et l’inquiète.

Elle a quinze ans : ah ! pour 1 Amour La bonne marionnette.

Voyez ce mari parisien Que maint galant visite;

Il vous accueille mal ou bien,

Vous cherche ou vous évite.

Est-il confiant ou jaloux,

A l’air dont il vous traite?

Non, de sa femme un tel époux N’est que la marionnette.

Près des femmes que sommes-nous?

Des pantins qu’on ballotte.

Messieurs, sautez, faites les fous Au gré de leur marotte .

Le plus lourd et le plus subtil Font la danse complète ;

Et Dieu pourtant n’a mis qu un fll A chaque marionnette.

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