‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 90 sur 315 · L’HIVER · texte numérisé non relu

L’HIVER

Air : Une fille est un oiseau.

Les oiseaux nous ont quittés; ' ' Déjà l’hiver qui les chasse Etend son manteau de glace Sur nos champs et nos cités.

A mes vitres scintillantes Il trace des fleurs brillantes;

Il rend nos portes bruyantes,

Et fait grelotter mon chien.

Réveillons, sans plus attendre,

Mon feu qui dort sous la cendLre.

Chauffons-nous, chauffons-nous bien, (bis.)

O voyageur imprudent!

Retourne vers ta famille.

J’en crois mon feu qui pétille,

Le froid devieut plus ardent.

Moi, j’en puis braver l’injure :

Rose, en douillette, en fourrure,

Ici, contre la froidure Vient m’offrir un doux soutien.

Rose, tes mains sont de glace ;

Sur mes genoux prends ta place.

Chauffons-nous, chauffons-nous bien.

L’ombre s’avance, et la nuit Roule son char sur la neige.

Rose, l’amour nous protège;

C’est pour nous que le jour fuit.

Mais un couple nous arrive •

Joyeux ami, beauté vive,

Entrez tous deux sans qui-vive;

Le plaisir n’y perdra rien.

Moins de froid que de tendresse,

Autour du feu qu’on se presse.

Chauffons-nous, chauffons-nous bien.

Les caresses ont cessé Devant la lampe indiscrète.

Un festin que Rose apprête Gaiment pour nous est dressé.

Notre ami s’est fait, à table,

D’un brigand bien redoutable Et d’un spectre épouvantable Le fidèle historien.

Tandis que le punch s’allume,

Beau du feu qui le consume, Chauffons-nous, chauffons-nous bien.

Sombre hiver, sous tes glaçons Ensevelis la nature;

Ton aquilon, nui murmure,

Ne peut troubler nos chansons.

Notre esprit, qu’amour seconde,

Au coin du feu crée un monde Qu’un doux ciel toujours féconde,

Où s’akner tient lieu de bien.

Que nos portes restent closes,

Et, jusqu’au retour des roses, Chauffons-nous, chauffons-nous bien, (bis.)

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