‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 92 sur 315 · MA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

MA RÉPUBLIQUE

Am : Vaudeville de U petite gouvernante.

J’ai pris goût à la république, Depuis que j’ai vu tant de rois.

Je m’en fais une, et je m’applique A lui donner de bonnes lois.

On n’y commerce que pour boire,

On n’y juge qu’avec gaîté;

Ma taille est tout son territoire;

Sa devise est la liberté.

Amis, prenons tous notre verre :

Le sénat s’assemble aujourd'hui.

D’abord, par un arrêt sévère,

A jamais proscrivons l’ennui.

Quoi! proscrire? Ah! ce mot doit être Inconnu dans notre cité.

Chez nous l’ennui ne pourra naître :

Le plaisir suit la liberté.

Du luxe, dont elle est blessée,

La joie ici défend l’abus ;

Point d’entraves à la pensée,

Par ordonnance de Bacchus.

A soii gré que chacun professe Le culte de sa déité ;

Qu’on puisse aller même à la messe :

Ainsi le veut la liberté.

La noblesse est trop abusive :

Ne parlons point de nos aïeux.

Point de titre, même au convive Qui rit le plus ou boit le mieux.

Et si quelqu’un, d’humeur traîtresse, Aspirait à la royauté,

Plongeons ce César dans l’ivresse,

Nous sauverons la liberté.

Trinquons à notre république,

Pour voir son destin affermi.

Mais ce peuple si pacifique Déjà redoute un ennemi :

C’est Lisette nui nous rappelle Sous les lois ae la volupté.

Elle veut régner, elle est belle : C’en est fait de la liberté.

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