‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 96 sur 315 · LE JUGE DE CHÀRENTON · texte numérisé non relu

LE JUGE DE CHÀRENTON

SoTembre 1816. *

Air ; de la Codaqui.

Un maître fou, qui, dit-on,

Fit jadis mainte fredaine,

Des loges de Charenton S’est enfui l’autre semaine.

Chez un juge qui griffonnait

Il arrive et prend simarre et bonnet,

Puis à l’audience, hors d’haleine,

Il entre et soudain dit : Vrèchil prêcha!

Et patati, et patata.

Prêtons bien l’oreille à ce discours-là*

« L’Esprit-Saint soutient ma voix, u Et les accusés vont rire;

• Il a’y a point de mauvais discours que ne puisse faire Oublier une action géuercusc, et rien n'est plus honorable, •elon moi, que la protection accordée à de» infortuné» place» sous le poids d'uue accusation capitale. Aussi je n’aurai» pus reproduit ici cette chanson, «ans l’espèce de «caudale que, lui1» de son apparition, elle causa jusque dans le» deux Chambre». Mais je ne puis m’empêcher d’avouer que, si j’avais pu la condamner a l’oubli qu'elle mérite, sans doute, j’en aurai» toujours regretté le dernier couplet. (Noix oa 1821 *.)

• A l’époque où cette note fut publiée, M. Dellarl était encore procureur general.

a Moi, l’interprète des lois, a J’en viens faire la satire.

« Nous les tenons d'un impudent,

« Qui, pour s’amuser, me fit président.

« J’ai longtemps vanté son empire ;

« Mais j’étais alors payé pour cela. »

Et patati. et patata.

Pouvait-on s attendre à ce discours-là?

« Le drame et Galimafré « Corrompent nos cuisinières.

« En frac .on voit un curé,

« Et nos enfants ont trois pères.

« Le mariage est un loyer :

« On entre en octobre, ou sort en janvier.

« Les cachemires adultères n Nous donnent la peste et ma femme en a » Et patati, et patata.

11 a mis de tout dans ce discours-là.

« Pour déhancher un mari « Que les filles ont d’adresse!

« Sous madame Dubarri u Elles allaient à confesse, n Ah! qu’enfin (et le terme est clair),

« L’épouse et. l’époux ne soient qu’une chair;

« Et vous qui nous tentez sans cesse,

« Filles, respectez l’habit que voilà. »

Et patati, et patata.

Rien n'est plus moral que ce discours-là.

« Mais, triste effet du typhus,

« Au lieu d’église on élève « Le temple du dieu Plutus,

< Qui sera beau, s’il s’achève.

« Partout régnent les intrigants;

« On n’interdit plus les extravagants ;

« Ce dernier point n’est pas un rêve,

« Puisqu’en robe ici je dis tout cela. »

Et patati, et patata.

On trouve du bon dans ce discours-là.

Il poursuivait sur ce ton Quand deux bisets, sous les armes, Ramènent à Cliarenton Cet orateur plein de charmes.

Néanmoins l’avocat Bêlant,

S’écrie : Ah ! les fous ont bien du talent !

J’ai fait rire et verser des larmes;

Mais je n’ai rien dit qui valût cela.

Et patati, et patata.

C’est moi qu’on sifflait sans ce discours-là.

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