‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 99 sur 315 · MON HABIT · texte numérisé non relu

MON HABIT

Air du vaudeville de Décence.

Sois-moi fidèle, ô pauvre habit que j’aime !

Ensemble nous devenons vieux.

Depuis dix ans je te brosse moi-même, , Et Socrate n’eût pas fait mieui.

Quand le sort à ta mince étoffe Livrerait de nouveaux combats,

Imite- moi, résiste en philosophe1;

Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

Je me souviens, car j’ai bonne mémoire,

Du premier jour ou je te mis :

C’était ma fête, et, pour comble de gloire, Tu fus chanté par mes amis.

Ton 'indigence, qui m’honore,

Ne m’a point banni de leurs bras;

Tous ils sont prêts à nous fêter encore :

Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

A ton revers j’admire une reprise ;

C’est encor un doux souvenir:

Feignant un soir de fuir la tendre Lise,

Je sens sa main me retenir.

On te déchire, et cet outrage Auprès d’elle enchaîne mes pas.

Lisette a mis trois jours à tant d’ouvrage : Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

T’ai-je imprégné des flots de musc et d’ambre' Qu’un fat exhale en se mirant ?

M’a-t-on jamais vu dans uue antichambre T’exposer au mépris d’un grand.?

Four des rubans la France entière Fut en proie à de lon^s débats;

La Heur des champs bulle à ta boutonnière : Mon vieil auu, ne nous séparons pas.

Ne crains plus tant ces jours de courses vaines Où notre destin fut pareil;

Ces jours mêlés de plaisirs et de peines. Mêlés de pluie et de soleil.

Je dois bientôt, il me le semble.

Mettre pour jamais habit bas.

Attends un peu, nous finirons ensemble :

Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

fsf

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