‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 105 sur 340 · LA MORT DE CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

LA MORT DE CHARLEMAGNE

Aiu : Le bruit des rouleUcs gillc loul.

Dans le vieux Roman de la Rose J'ai vu que le tils de Pépin, Redoutant sou apothéose , Disait à l'évéque Turpin :

« Prélat, sois bon à quelque chose; « L'âge m'accable, guéris-moi. i « Oui, lui dit Turpin, et vive le roi! » (Bis.

<i Turpin, sais-tu qu'on me répète o Ce mot-là depuis bien longtemps? »

Turpin répond : « J'ai la recette " D'un cœur de vierge de vingt ans.

« Fleur de vingt ans, vertu parfaite, « Vous rajeunira, sur ma foi.

<i Sauvons la patrie, et vive le roi I »

Vite un décret de Charlemague Met un haut prix à ce trésor :

On cherche à Rome, en Allemagne; Même en France on le cherche encor.

Les curés cherchaient en campagne.

Disant : « Ce prince plein de foi « Doublera la dime, et vive le roi ! >>

Turpin d'abord trouve lui-méniB Cœur de vingt ans non profané; Mais un bon moine do Télème Le croque à l'instant sous son né.

Quoil sans respect du diadème !

<■ Oui, dit le moine; c'est ma loi.

1 L'Église avant tout, et vive le roi ! »

Un juge, espérant la simarre, Loin de Paris cherche si bien, Qu'il découvre aussi l'oiseau rare Qu'attendait le roi très-chrétien.

Un seigneur dit : « Je m'en empare ; « Le droit de jambage est à moi.

« Tout pour la noblesse, et vive le roi ! »

« Je serai duc! » s'écrie un page, Dénichant enfin à son tour Fille de vingt ans neuve et sage, Que soudain il mène à la cour.

On illumine à son passage ; Et le peuple , qui sait pourquoi , Chante un Te Deiim , et vive le roi !

Mais, en voyant le doux remède, Le roi dit : « C'est l'esprit malin.

« Fi doncl cette vierge est trop laide K Mieux vaut mourir comme un vilain.

Or, il meurt ; son fils lui succède Et Turpin répète au convoi :

«Vite, qu'on l'enterre, et vive le roi! "

CHANSONS DW BBRANGER

LE CHAMP D'ASILË

Aiu : rioniaiii'c de Hûlisairo (|iar Garât).

Un chef de lianais courageux, Implorant un lointain asile, A des sauvages ombrageux Disait : « L'Europe nou? oxilc

et Heureux enfants de ces forêts, o De nos maux apprenez riiistoire :

« Sauvages! nous soumics Français ' Prenez pilié de notre gloirt»

CHANSONS DE BKKANClER

« Elle épouvante eueur les rois.

« Et nous baouit des humbles chaumes « D'où, sortis pour veuger nos droits, « Nous avons dompté vingt royaumes. " Nous courions conquérir la Paix « Qui fuyait devant la Victoire, c Sauvages! nous sommes Français; « Prenez pitié de notre gloire.

" Mais il tombe; et nous, vieux soldats, « Qui suivions un compagnon d'armes, « Nous voguons jusqu'en vos climats, » Pleurant la patrie et ses charmes.

" Qu'elle se relève à jamais a Du grand naufrage de la Loire !

« Sauvages! nous sommes Français; « Prenez pitié de notre gloire. »

« Dans l'Inde, Albion a tremblé a Quand de nos soldats intrépides 0 Les chants d'allégresse ont troublé « Les vieux échos des Pyramides.

« Les siècles pour tant de hauts faits « N'auront point assez de mémoire.

<t Sauvages ! nous sommes Français ; a Prenez pitié de notre gloire.

11 se tait. Un sauvage alors Répond : « Dieu calme les orages.

« Guerriers! partagez nos trésors, e Ces champs, ces fleuves, ces ombrages <• Gravons sur l'arbre de la Paix " Ces mots d'un fils de la Victoire : « Sauvages! nous sommes Français; u Prenez pitié de notre gloire. i>

« Un homme enfin sort de nos rangs ; c II dit : " Je suis le dieu du monde. » « L'on voit soudain les rois errants « Conjurer sa foudre qui gronde.

« De loin saluant son palais, » A ce dieu seul ils semblaient croire. " Sauvages! nous sommes Français; <t Prenez pitié de notre gloire.

Le Champ d'Asile est consacré; Élevez-vous, cité nouvelle!

Soyez-nous un port assuré Contre la Fortune infidèle.

Peut-être aussi des plus hauts faits Nos fils vous racontant l'histoire, Vous diront : Nous sommes Français; Prenez pitié de notre gloire.

CHANSONS DE BKRANGER

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