‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 118 sur 340 · L'ENFANT DE BONNE MAISON · texte numérisé non relu

L'ENFANT DE BONNE MAISON

ou MÉMOIRE PRÉSENTÉ A MESSIEURS DE L'ÉCOLE DES nUMiTRES CRÉÉE PAR UNE NOUVELLE ORDONNANCE

Am Jol a Treille île shicérilé.

Seuls arbitres Du sceau des titres, Chartriers, reudez-nioi l'iiouiieur :

Je suis bâtard d*uu grand seigneur. (Dis.

De votre savoir qui [irosp^re,

J'atteuds parchcuiius et blasou :

Un bâtard est fils de son père ; Je veux restaurer ma maison. [Dis.

Oui, plus noble (jue certains être», Des privilèges fiers suppôts, Moi je descends de mes ancêtres ;

GliANSONS DE BERANGER

Que leur ùme soit en repos !

Seuls arbitres Du sceau des titres, Cliartriers, rendez-moi l'honneur :

Je suis bâtard d'un grand seigneur.

Ma mcrc, en illustre personne, Dédaigna robins et traitants ; De l'Opéra sortit baronne.

Et se fit comtesse à trente ans.

Marquise enfin des plus sévères.

Elle nargua les sots propos.

Auprès de mes chastes graud'mères Que son âme soit en repos I

Seuls arbitres Du sceau des titres, Cliartriers, rendez-moi l'honneur :

Je suis bâtard d'un grand seigneur.

Won père, que sans flatterie Je cite avant tous ses aïeux.

Était chevalier d'industrie , Sans en être moins glorieux.

Comme il avait pour plaire aux dames De vieux cordons et l'air dispos, 11 vécut aux dépens des femmes :

Que son ànie soit en repos !

Seuls arbitres Du sceau des titres , Chartriers, rendez-moi l'honneur :

Je suis bâtard d'un grand seigneur.

Endetté de plus d'une somme, Et dans un donjon retiré.

Mon aïeul, en bon gentilhomme, S'enivrait avec son curé.

Sur le dos des gens du village, Après boire, il cassait les pots.

11 but ainsi son héritage :

Que son ûmc soit en repos !

Seuls arbitres

Du sceau des titres , Chartriers, rendez-moi l'honneur :

Je suis bâtard d'un grand seigneur.

Mou bisaïeul, chassant de race, Fut un comte fort courageux, Qui, laissant rouiller sa cuirasse, Toua noblement tous les jeux.

Après une suite traîtresse De pics, de repics, de capots.

Un as dépouilla son altesse :

Que son âme soit en repos !

Seuls arbitres Du sceau des titres, Chartriers, rendez-moi l'honneur : Je suis bâtard d'un grand seigneur.

Mon trisaïeul , roi légitime D'un pays fort mal gouverné.

Tranchait parfois du magnanime , Surtout quand il avait diné.

Mais les plaisirs de ce grand prince Ayant absorbé les impôts, 11 mangea province à province :

Que son âme soit eu repos I

Seuls arbitres Du sceau des titres, Chartriers, rendez-moi l'honneur :

Je suis bâtard d'un grand seigneur.

De ces faits dressez un sommaire , Messieurs, et prouvez qu'à moi seul Je vaux autant que père et mère, Aïeul, bisaïeul, trisaïeul.

Grâce à votre art que j'utilise, Qu'on me tire enfin des tripots ; Qu'on m'enterre au chonir d'une église ; Que mon âme soit en repos I

Seuls arbitres Du sceau des titres, Chartrilîrs, rendez-moi l'honneur :

Je suis bâtard d'un grand seigneur.

CHAN.^ONS DE P.KRAXriER

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