‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 120 sur 340 · LE VIEUX DRAPEAU · texte numérisé non relu

LE VIEUX DRAPEAU

Am : Elle aimo à rire, i-llp aime ù Uwe.

De mes vieux compagnons de gloire Je viens de me voir entouré ; Nos souvenirs m'ont enivré, Le vin m'a rendu la niéuinire.

Fier de mes exploits et des leurs, J'ai mon drapeau dans ma chaumière.

Quand secouerai-jc la poussière Qui ternit ses noldes couleurs?

2rt

Il est caché sous riiuinble paille Où je dors pauvre et mutilé, Lui qui, sûr de vaiucre, a volé Vingt ans de bataille en bataille !

Chargé de lauriers et de fleurs.

Il brilla sur l'Europe entière.

Quand secouerai-je la poussiùre Qui ternit ses nobles couleurs?

Ce drapeau payait à la France Tout le sang qu'il nous a coûté.

Sur le sein de la Liberté Nos fils jouaient avec sa lance.

Qu'il prouve encore aux oppresseurs Combien la gloire est roturière.

Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?

Son aigle est resté dans la poudre , Fatigué de lointains exploits.

Rendons-lui le coq des Gaulois; Il sut aussi lancer la fuudre.

La France, oubliant ses douleurs, Le rebéuira, libre et fîère.

Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs; ?

Las d'errer avec la Victoire , Des lois il deviendra l'appui.

Chaque soldat fut, grâce à lui, Citoyen aux bords de la Loire.

Seul il peut voiler nos malheurs ; Déployons-le sur la frontière.

Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleur»?

Mais il est là près de mes armes;

Un instant osons l'entrevoir.

Viens, mon drapeau I viens, mon espoir!

C'est à toi d'essuyer mes larmes.

D'un guerrier qui verse des pleurs

Le ciel entendra la prière :

Oui, je secouerai la poussière

Qui ternit tes nobles couleurs.

CHANSONS DE BKRANGER

LA FARIDÛNDAINE

ou LA CONSPinATIÛN DES CHANSONS

INSTRUCTION AJOUTÉE A LA CinCL'LAinE DE M. LE PRÉFET DE l'iiLICE CONCEnNANT LES RÉUNIONS CHANTANTES APPELÉES GOGUETTES

AVRIL 1820 AiH : A !a l'.n'.Dii lie ijarb;ii'i.

Écoute, mouchard, mou ami,

Je suis ton capitaine :

Sois gai pour tromper l'ennemi,

Et chante à perdre haleine.

Tu sais que monseigneur Angles, (') La faridondaine, A peur des couplets :

Apprends qu'on en fait contre lui,

Biribi, Sur la façon de barbari.

Mon ami.

Des goguettes, à peu de frais,

On échauffe la veine ; Aux Apollons des cabarets Paye un broc de surène ; tJn aveugle y chante on laussaul La faridondaine.

D'un ton menaçant.

On néglige l'air de Henri, Biribi,

Pour la façon de barliari, Mon ami.

Sur MïiTiloH fais un rapport :

La cour le trouve obscôno.

Dénonce aussi Malbrouck est moii .

A Sa Grâce (*) il fait peine.

Surtout transforme avec éclat La faridondaine En crime d'État.

Donnons des juges sans jury,

Biribi, A la façon de barbari , Mon ami.

Bhihï veut dire on latin L'homme de Sainte-Hélène.

Barbari, c'est, j'en suis certain, Un peuple qu'on encliaino.

3!on ami, ce n'est pas le roi ; Et faridondaine

(.') Alors préfet do police, auteur do l'ordoMiiiUico cuntro les sociétés cluiiitantcs dites (jnijiicllesi (') Sa Grâic, lord Wellington.

•2-ifS

CHANSONS DE BÉRANGER

Allaqiie la lui. yue dirait de mieux Marcliaugy,

Birihi , Sur la façon de barbari ,

Mon ami?

Du préfet ce sont les leçons :

Tu les suivras sans peine.

Si l'ua ne prend garde aux rliaa^uiis,

L'anarchie est certaine.

Que le trône soit préservé De faridondaine Par le God save.

Substituons VO filii,

Biribi, A la façon de barbari, Mon ami.

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CHANSONS DE BKRANOER

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LE OINU MAI

Ain : Musc lies bois et îles jccnrils ciidiiii'êlres.

Des Espagnols m'ont pris sur leur navire, (') Aux bords lointains où tristement j'errais. Humble débris d'un héroïque empire, J'avais dans l'Inde exilé mes regrets.

Mais loin du Cap, après cinq ans d'abseucc, Sous le soleil je vogue plus joyeux.

Pauvre soldat, je reverrai la France :

La main d'un fils me fermera les veux.

(') Des ]Kni|iks de l'Eiiioiic, les Ls])agiiols étaient Ceux (|ui avaient les plus juslvs pluiiitcs à former contre Nupolùoii. tci plaçant son solclut sur un vaisseau de cette nation, l'auleur eut lu pensée de fiiiic voir à ipiel point les niallieurs du grand homme avaient réconcilié tous les peuples tivcc sa gloire.

CHANSONS DE BERANGER

Dieux! le pilote a crié : Saiute-Hélèue! Et voilà donc où languit le héros!

Bons Espagnols, là s'éteint votre haine ; Nous maudissons ses fers et ses bourreaux. Je ne puis rien, rien pour sa délivrance : Le temps n'est plus des trépas glorieux ! Pauvre soldat, je reverrai la France :

La main d'un fils me fermera les veux.

Dès qu'on signale une nef vagabonde,

" Serait-ce lui? disent les potentats :

a Yient-il encor redemander le monde?

» Armons soudain deux millions de soldats. »

Et lui peut-être, accablé de souffrance,

A la patrie adresse ses adieux.

Pauvre soldat, je reverrai la France :

La main d'un fils me fermera les veux.

Peut-être il dort, ce boulet invincible Qui fracassa vingt troncs à la foi?.

Ne peut-il pas, se relevant terrible, Aller mourir sur la tête des rois?

Ah ! ce rocher repousse l'espérance :

L'aigle n'est plus dans le secret des dieux. Pauvre soldat, je reverrai la France :

La main d'un fils me fermera les veux.

Grand de génie et grand de caractère, Pourquoi du sceptre arma-t-il son orgueil? Bien au-dessus des trônes de la terre Il apparaît brillant sur cet écueil.

Sa gloire est là comme le phare immense D'un nouveau monde et d'un monde trop vieux. Pauvre soldat, je reverrai la France :

La main d'un fils me fermera les veux.

Il fatiguait la Victoire à le suivre; Elle était lasse : il ne l'attendit pas. Trahi deux fois, ce grand homme a su vivre. Mais quels serpents enveloppent ses pas ! De tout laurier un poison est l'essence; (') La mort couronne un front victorieux.

Pauvre soldat, je reverrai la France :

La main d'un fils me fermera les yeux.

Bons Espagnols, que voit-on au rivage?

Un drapeau noir ! ah ! grands dieux ! je frémis ! Quoi ! lui mourir ! ô gloire ! quel veuvage I Autour de moi pleurent ses ennemis.

Loin de ce roc nous fuyons en silence ; L'astre du jour abandonne les cieux.

Pauvre soldat, je reverrai la France :

La main d'un fils me fermera les veux.

(') On extrait do plusieurs espèces de lauriers un poison des plus actifs.

Il est nécessaire de rappeler aussi qu'à la mort de Napoléon beaucoup de personnes , mùme fort éclairées , crurent qu'il avait péri empoisonné.

CHANSONS DE DERANGER

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