‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 132 sur 340 · LA MUSE EN FUITE · texte numérisé non relu

LA MUSE EN FUITE

ou MA l'KEMIKIlE VISITE AU PALAIS DE JL'STICE

CHANSON FAITE A l'oCCASION DES PUEMIÈUES POUllSUITES JUDl Cl AlllES E\EUCËKS COXTKË Mol

POUR LA ruBLlCATliiN DE MON UECI'EIL

Am ; llullc-li.

Quittez lu lyre, ô ma muse I Et déchiffrez ce mandat.

Vous voyez qu'on vous accuse

De plusieurs crimes d'État. Pour un interrogatoire Au Palais comparaissons.

CHANSONS DE DÉRANGER

Plus Je cliaiisuiis pour la gloire!

Pour l'amour plus de cliausons !

Suivez-moi I

C'est la loi.

Suivez-moi, de par le roi.

Nous marchons, et je découvre L'asile des souverains.

Muse, la Fronde eu ce Louvre Vit pénétrer ses refrains. (') Au Qui vive ? d'ordonnance Alors, prompte à s'avancer, La chanson repondait : France !

Les gardes laissaient passer.

Suivez-moi !

C'est la loi.

Suivez-moi , de par le roi.

La justice nous appelle De l'autre côté de l'eau.

Voici la Sainte-Chapelle Oii l'on pria pour Boileau. (-) S'il renaissait, ce grand maître, Le clergé, remis en train, En prison ferait peut-être Fourrer l'auteur du Liih'in.

Suivez-moi !

C'est la loi.

Suivez-moi, de par le roi.

Là, devant ce péristyle.

Un tribunal impuissant Au bûcher livra VEinilc, (')

Phénix toujours renaissant.

Muse , de vos chansonnettes Aujourd'hui l'on va tâcher De faire des allumettes Pour ranimer ce bûcher.

Suivez-moi I

C'est la loi.

Suivez-moi, de par le roi.

Muse, voici la grand'salle...

Hé quoi! vous fuyez devant Des gens en robe un peu sale.

Par vous piqués trop souvent !

Revenez donc, pauvre sotte, Voir prendre à vos ennemis.

Pour peser une marotte.

Les balances de Thémis.

Suivez-moi!

C'est la loi.

Suivez-moi, de par le roi.

Elle fuit, et chez le juge J'entre, et puis enfin je sors.

Mais devinez quel refuge Ma muse avait pris alors :

Gaiement avec la grisette D'un président, bon humain, Cette folle , à la buvette , Répétait, le verre en main :

Suivez-moi !

C'est la loi.

Suivez-moi, di^ par le roi.

(') Jamais jilus de cliaiisons no fuient lancées de i)ait et d'aulrc qu'à répor)iic de la Fronde ; et Bljt et Slaiigny, cliansonniei-s du temps, ne furent l'ohjet d'aucune poui-suite.

(') On sait ([ue Boileau fut enterrO dans l'église située sous la Sainte-Chapelle, où l'on voyait le fameux lutrin (]ui inspira l'un des ouvrages les plus parfaits de notre langue.

O On sait également (pie, par arrût du parloiucnt, \ Emile fut briilé par la main du bourreau, et son auteur décrété de prise de corps.

CHANSONS DE BERANGER

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