‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 15 sur 340 · MES CHEVEUX · texte numérisé non relu

MES CHEVEUX

Am : VauJeville de Décence.

Mes bons amis, que je vous prêche à table,

Moi, l'apôtre de la gaieté.

Opposez tous au destin peu traitable

Le repos et la liberté;

A la grandeur, à la richesse,

Préférez des loisirs heureux.

C'est mou avis, moi de qui la sagesse

A fait tomber tous les cheveux.

Mes bons amis, et bien boire et bien rire

N'est rien encor sans les amours.

Que la beauté vous charme et vous ttire ;

Dans ses bras coulez tous vos jours.

Gloire, trésors, santé, jeunesse,

Sacrifiez tout à ses vœux.

C'est mon avis, moi de qui la sagesse

A fait tomber tous les cheveux.

Mes bons amis, voulez-vous dans la joie Passer quelques instants sereins.

Buvez un peu ; c'est dans le vin qu'on nois L'ennui, l'humeur et les chagrins.

A longs flots puisez l'allégresse Dans ces flacons d'un vin mousseux.

C'est mon avis, moi de qui la sagesse A fait tomber tous les cheveux.

Mes bons amis, du sort, et de l'envie On brave ainsi les traits cuisants.

Eu peu de jours usant toute la vie.

On en retranche les vieux ans.

Achetez la plus douce ivresse Au prix d'un âge malheureux.

C'est mon avis, moi de qui la sagesse A fait tomber tous les cheveux.

CHANSONS DE DERANGER

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MADAME GRÉGOIEE

Air : C'csl le ïros Thomas.

C'était (le mon temps Que brillait madame Grégoire.

J'allais à vingt ans Dans son cabaret rire et lioire ;

Elle attirait les gens

Par (les airs engageants.

Plus d'un brun à large poitrine Avait là crédit sur la mine.

Ah ! comme on entrait Boire à son cabaret !

CHANSONS DE BERANGER

D'un certain époux Bien qu'elle pleurât la mémoire,

Personne de nous N'avait connu défunt Grégoire ; Mais à le remplacer Qui n'eût voulu penser?

Heureux l'écot où la commère Apportait sa pinte et son verre !

Ah ! comme on entrait Boire à son cabaret !

Je crois voir encor Son gros rire aller jusqu'aux larmes,

Et sous sa croix d'or L'ampleur de ses pudiques charmes.

Sur tous ses agréments Consultez ses amants :

Au comptoir la sensible brune Leur rendait deux pièces pour une. Ah ! comme on entrait Boire à son cabaret !

Des buveurs grivois I^es femmes lui cherchaient querelle.

Que j'ai vu de fois Des galants se battre pour elle !

La garde et les amours

Se chamaillant toujours , Elle, en femme des plus capables Dans son lit cachait les coupables.

Ah ! comme on entrait

Boire à son cabaret !

Quand ce fut mon tour D'être en tout le maître cliez elle,

C'était chaque jour Poiir mes amis fête nouvelle.

.Je ne suis point jaloux :

Nous nous arrangions tous.

L'hôtesse, poussant à la vente.

Nous livrait jusqu'à la servante.

Ah! comme on entrait Boire à son cabaret !

Tout est bien changé :

N'ayant plus rien à mettre en perce,

Elle a pris congé Et des plaisirs et du commerce.

Que je regrette, hélas !

Sa cave et ses appas !

Longtemps encor chaque prutii)ue S'écriera devant sa boutique :

Ah ! comme on entrait Boire à son cabaret !

L'AGE FLTLR

CE gUK SKltO.NT NUS ENFANT»

Aiii : Alle2-V(ius-cn , gens de la noce.

Je le dis saus blesser persoune , Notre âge n'est point l'âge d'or ; Mais nos fils, qu'où me le pardouiie, Vaudruut bieu uioius que uous eucor.

Pour peupler la machine ronde, (vHi'on est fou de mettre du sien!

Ah ! pour un rien ,

Oui, pour un rien.

Nous laisserions finir le monde.

Si nos femmes le voulaient bieu.

Eu juyeux gourmands que nous sommes Nous savons chanter un repas; ^lais nos llls, pesants gastronomes, Boiront et ne chanteront pas.

D'un sot à face rubiconde Ils feront un épicurien.

Ah ! pour un rien ,

Oui, pour un ricu.

Nous laisserions finir le monde, Si nos femmes le voulaient bieu.

Grâce imx beaux esprits de notre âge ; L'ennui nous gagne assez souvent ; Mais deux Instituts, je le gage, Lutteront dans l'âge suivant.

De se recruter à la ronde

Tous deux trouverout le moyen.

Ah! pour un rien,

Oui, pour un rien.

Nous laisserions finir le unmdc, Si nos femmes le voulaient bien.

Nous aimons bien un peu la guerre.

Mais sans redouter le repos ; Nos fils, ne se reposant guère.

Batailleront à tout propos.

.Seul prix d'une ardeur furibonde , lu laurier sera tout leur biiMi.

Ah! pour un rien,

Oui, pour un rien, Nous laisserions finir le monde.

Si nos femmes le voulaient bien.

Nous sommes peu galants, sans doute ; Mais nos fils, d'excès en excès.

Égarant l'amour sur sa route.

Ne lui parleront plus français.

Ils traduiront. Dieu les confonde !

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