‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 163 sur 340 · LE VIEUX SERGENT · texte numérisé non relu

LE VIEUX SERGENT

Am : Dis-moi, solJjl, ilia-ijioi, l'eu buUMUiis-lu?

Près du rouet de sa fille chérie Le vieux sergent se distrait de ses maux , Et, d'une main que la balle a meurtrie. Berce en rinnt doux petits-fils jumeaux.

Assis tranquille au seuil du toit champêtre , Son seul refuge après tant de combats , Il dit parfois : « Ce n'est pas tout de naitro ; « Dieu, mes cufiints, vous donne un beau tropas! •

CHANSONS DE BERANGER

Mais quY'Uteud-il '! le tambour qui résonne :

Il voit au loin passer un bataillon.

Le sang remonte à son front qui grisonne ;

Le vieux coursier a senti l'aiguillon.

Hélas ! soudain , tristement il s'écrie :

a C'est un drapeau que je ne connais pas.

K Ah! si jamais vous vengez la patrie,

a Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas! »

"- Qui nous rendra, dit cet homme héroïque,

« Aux bords du Rhin, à Jemmape, à Fleurus,

» Ces paysans , fils de la République ,

<j Sur la frontière à sa voix accourus ?

« Pieds nus, sans pain, sourds aux lâches alarmes,

t Tous à la gloire allaient du même pas.

o: Le Rhin lui seul peut retremper nos ariues.

K Dieu, mes enfants, vous donne uu beau trépas!

t< De quel éclat brillaient dans la bataille « Ces habits bleus par la Victoire usés ! « La Liberté mêlait à la mitraille

« Des l'ers rompus et des sceptres brisés.

« Les nations, reines par nos conquêtes, a Ceignaient de fleurs le front de nos soldats, ex Heureux celui qui mourut dans ces fêtes! ï Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!

« Tant de vertu trop tôt fut obscurcie.

" Pour s'anoblir nos chefs sortent des rangs ;

1 Par la cartouche encor toute noircie

a Leur bouche est prête à flatter les tyrans.

" La Liberté déserte avec ses armes ;

« D'un trône à l'autre ils vont offrir leurs bras;

« A notre gloire on mesure nos larmes.

a Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas! »

Sa fille alors , interrompant sa plainte ,

Tout en filant lui chante à demi-voix

Ces airs proscrits qui, les frappant de crainte,

Ont en sursaut réveillé tous les rois.

o Peuple , à ton tour que ces chants te réveillent :

0 II en est temps! » dit-il aussi tout bas.

Puis il répète à ses fils qui sounueillent :

>> Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas! "

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