‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 171 sur 340 · MON ENTERREMENT · texte numérisé non relu

MON ENTERREMENT

Am : Qiianil on ne dorl pas de la nuit.

Ce matin, jn ne sais comment, Je vois d'Amours ma chambre pli'jur J'étais couché, sans mouviMin'ut.

Il est mort, disaient-ils gaiement ; De l'inhumer prenons la peine.

Lors je maudis entre mes draps

Ces dieux que j'aimais tant à suivre.

Amis, si j'en crois ces ingrats, Plaignez-moi [bis]', j'ai cesse' de vivre. {Bis.)

De mon vin ils prennent leur part ; Ils caressent ma chambrière :

CHANSONS DE BÉRANGER

L'un veut guider le corbillard ,

Et l'autre , d'un ton nasillard ,

Me psalmodie une prière.

Le plus grave ordonne à l'instant

Vingt galoubets pour mon escorte ;

Mais d(''jà la voiture attend.

Plaignez-moi, voilà qu'on m'emporte.

Causant, riant, faisant des leurs, Les Amours suivent sur deux lignes :

Lf drap, où l'argent brille en pleurs.

Porte un verre, un luth et des fleurs. De mes ordres joyeux insignes.

Maint passant, qui met chapeau bas, Se dit : Triste ou gai , tout succombe ! Les Amours font hâter le pas.

Plaignez-moi, j'arrive à ma tombe.

Mon cortège, au lieu de prier.

Chante là mes vers les plus lestes.

Grâce au ciseau du marbrier, T'ne couronne de laurier Va d'orgueil enivrer mes restes.

Tout redit ma gloire en ce lieu.

Qui bientôt sera solitaire.

Amis, j'allais me croire un dieu :

Plaignez-moi, voilà qu'on m'enterre.

Mais d'aventure, en ce moment.

Par là passait mon infidèle.

Lise m'arrache au monument; Puis eucor, je ne sais comment, Je me sens renaître auprès d'elle.

De la vie et de ses douceurs , Vous qu'à médire l'âge excite ; Vous du monde éternels censeurs.

Plaignez-moi , car je ressuscite.

CHANSONS DE DÉRANGER

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