‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 181 sur 340 · LE CONVOI DE DAYID · texte numérisé non relu

LE CONVOI DE DAYID

Am de Roland.

Non, non, vous ne passerez pas, Crie un soldat sur la frontière, A ceux qui de David , hélas !

Rapportaient chez nous la poussière. — Soldat, disent-ils dans leur deuil.

Proscrit-on aussi sa mémoire?

Quoi ! vous repoussez son cercueil , Et vous héritez de sa gloire !

CHŒUR

Fùt-il privé de tous les biens,

Eùt-il à trembler sous un maître.

Heureux qui meurt parmi les siens

Aux bords sacrés [bis) qui l'ont vu naître ! (Bis.

Non, non, vous ne passerez pas.

Redit plus bas la sentinelle.

— Le peintre de Léonidas Dans la liberté n'a vu qu'elle.

On lui dut le noble appareil Des jours de joie et d'espérance.

Où les beaux-arts à leur réveil Fêtaient le réveil de la France.

CHŒUR

Fùt-il privé de tous les biens, Eùt-il à trembler sous un maître, Heureux qui meurt parmi les siens Aux bords sacrés qui l'ont vu naître !

Non, non, vous ne passerez pas, Dit le soldat avec furie.

— Soldat, ses yeux jusqu'au trépas Se sont tournés vers la patrie.

Il en soutenait la splendeur Du fond d'un exil qiii l'honore; C'est par lui que notre grandeur Sur la toile respire encore.

CHŒUR

Fùt-il privé de tous les biens, Eùt-il à trembler sous un maître, Heureux qui meurt parmi les siens Aux bords sacrés qui l'ont vu naître !

Non, non, vous ne passerez pas.

Dit le soldat; c'est ma consigne.

— Du plus grand de tous les soldats Il fut le peintre le plus digne.

A l'aspect de l'aigle si fier, Plein d'Homère et l'àme exaltée, David crut peindre Jupiter, Hélas ! il peignait Prométhée.

CHdOUR.

Fùt-il privé de tous les biens, Eùt-il :\ trembler sous un maître.

Heureux qui meurt parmi les siens Aux bords sacrés qui l'ont vu naître!

(') Losonrants de oo grand pciiiliv, ayant sollicitû pn vain l'aiiiniisalion do r.ipportor sa dùpouille en Fraiiri», ont t'Ii' obligi's do lo faii'o iiilumier dans une l'gliso do Bi'ii\ollo<;, aprte on avoir oliionu la permission du roi des Pays-E.as.

CHANSONS DE BERANGER

Non , non , vous ne passerez pas , Dit le soldat devenu triste.

— Le héros après cent combats Succombe, et l'on proscrit l'artiste.

Chez l'étranger la mort l'atteint :

Qu'il dut trouver sa coupe amère 1 Aux cendres d'un génie éteint, France, tends les bras d'une mère.

Non, non, vous ne passerez pas,

Dit la sentinelle attendrie.

— Eh bien, retournons sur nos pas.

Adieu , terre qu'il a chérie !

Les arts ont perdu le flambeau

Qui fit pâlir l'éclat de Rome.

Allons mendier un tombeau

Pour les restes de ce grand homme.

CHŒUR

Fût-il privé de tous les biens , Eût-il à trembler sous un maître, Heureux qui meurt parmi les siens Aux bords sacrés qui l'ont vu naître I

CHŒUR

Fùt-il privé de tous les biens, Eùt-il à trembler sous un maître , Heureux qui meurt parmi les siens , Aux bords sacrés qui l'ont vu naître !

CHANSONS DE BÉRANOER

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