‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 191 sur 340 · LES SOUVENIRS DU PEUPLE · texte numérisé non relu

LES SOUVENIRS DU PEUPLE

Aiu ; Passez vulrc cliouiiii , beau slic.

On parlera de sa gloire Sous le chaume bien longtemps.

L'humble toit, dans cinquante ans, Ne connaîtra plus d'autre histoire. Là viendront les villageois

Dire alors à quelque vieille :

Par des récits d'autrefois , Mère, abrégez notre veille.

Bien, dit-on, qu'il nous ait nui, Le peuple encor le révère ,

CHANSONS DE BÉRANGER

Oui , le révère.

Parlez-nous de lui , grand'mère ; Parlcz-uous de lui. [Bis.)

'Sles enfants, dans ce village, Suivi de rois, il passa.

Voilà bien longtemps de ça :

Je venais d'entrer en ménage.

A pied grimpant le coteau Où pour voir je m'étais mise, Il avait petit chapeau Avec redingote grise.

Près de lui je me troublai ; Il me dit : Bonjour, ma chère.

Bonjour, ma chère.

— Il vous a parlé, grand'mère !

Il vous a parlé !

L'an d'après, moi, pauvre l'emme.

A Paris étant un jour.

Je le vis avec sa cour :

Il se rendait à Notre-Dame.

Tous les cœurs étaient contents ; On admirait son cortège.

Chacun disait : Quel beau temps !

Le ciel toujours le protège.

Sou sourire était bien doux ; D'un fils Dieu le rendait père. Le rendait père.

— Quel beau jour pour vous, gTand'mèrc! Quel beau jour pour vous !

Mais, quand la pauvre Champagne Fut en proie aux étrangers.

Lui, bravant tous les dangers, Semblait seul tenir la campagne.

Un soir, tout tomme aujourd'hui,

J'entends frapper à la porte ; J'ouvre : bon Dieu! c'était lui .

Suivi d'une faible escorte.

Il s'assoit où me voilà, S'écriant : Oh ! quelle guerre !

Oh I quelle guerre I

— Il s'est assis là , grand'mère !

Il s'est assis là !

J'ai faim, dit-il ; et bien \ïlr Je sers piquette et pain bis ; Puis il sèche ses habits , Même à dormir le feu l'invite.

Au réveil , voyant mes pleurs , Il me dit : Bonne espérance !

Je cours de tous ses malheurs Sous Paris venger la France.

Il part; et, comme un trésor.

J'ai depuis gardé son verre, Gardé son verre.

— Vous l'avez encor, grand'mère !

Vous l'avez encor !

Le voici. Mais à sa perte Le héros fut entraîné.

Lui , qu'un pape a couronné , Est mort dans une île déserte.

Longtemps aucun ne l'a cru ; On disait : 11 va paraître.

Par mer il est accouru ; L'étranger va voir son maître. Quand d'erreur on nous tira.

Ma douleur fut bien amère 1 Fut bien amère!

— Dieu vous bénira, grand'mère.

Dieu vous bénira.

CHANSONS DE BERANGER

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