‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 193 sur 340 · LE PAPE MUSULMAN · texte numérisé non relu

LE PAPE MUSULMAN

Am : Eh! ma mère, esl-c' que j' sais ça?

Jadis, voyageant pour Rome,

Un pape , né sous le froc ,

Pris sur nier, fut, le pauvre homme,

Mené captif à Maroc.

D'abord il tempête, il sacre,

Reniant Dieu bel et bien.

— Saint-père, lui dit son diacre,

Vous vous damnez comme un cliien.

En vrai corsaire il s'équipe ; Pour le croissant il combat.

Prend le sorbet et la pipe ; Dans un harem il s'ébat.

Près des femmes qu'il capture , Voyez donc ce grand vaurien !

— Saint-père , quelle posture !

Vous vous damnez comme un chien.

Sur un pal que 1 on aiguise

Croyant déjà qu'on le met ,

Le fondement de l'Église

Dit : Invoquons Mahomet.

Ce prophète eu vaut bien d'autres;

Je me fais son paroissien.

— Saint-père, au nez des apôtres

Vous vous damnez comme un cliien.

A Maroc survient la peste ; Soudain fuit notre forban, Qui dans Rome, d'un air leste.

Rentre avec son beau turban.

— Souffrez qu'on vous rebaptise.

— Non, dit-il, ça n'y fait rien.

— Saint-père, quelle bêtise!

Vous vous damnez comme un cliien.

Aïe ! aie ! on le circoncise.

Le voilà bon musulman,

Sinon parfois qu'il se grise

Avec un coquin d'imau.

Il fait de sa vieille Bible

Un usage peu chrétien.

— Saint-père, c'est trop risible;

Vous vous damnez comme un chien.

Depuis, frondant nos mystères,

Ce renégat enragé

Veut vider les monastères,

Veut marier le clergé.

Sous lui l'Eglise déchue

Ne brûle juif ni païen.

— Saint-père, Rome est ficliue ;

Vous vous damnez comme un chien.

CHANSONS DE BERANGER

LE PETIT HOMME ROUCrE

A m : r.'osi 11' jrros Tlionws.

Foin des mécontents !

Comme balayeuse on nio Inçn.

Depuis quarante ans.

Dans le château, près de l'horloge.

Or, mes enfants , sachez

Que 1;\, pour mes pi''cli('s.

(') Une ancienne ti'adition populaire supposait l'existence d'un homme rouge qui apparaissait dans les Tuileries à rliaqne «jvéncmpiit mallienreux qui menaçait les maîtres de ce ohàtean. Cette tradition reprit cours sous NapoU'on. On a prt'iendu mr-?ne que ce démon rainiliiM- lui avait apparu en figvpii\ C'était un vnl fait an cliàteau des Tuileries on faveur des Pyramides.

CHANSONS DE BERANGER

Du coin d'où le soir je ne bouge, J'ai vu le petit homme roiig'e.

Saints du paradis, Pripz pour Charles dix.

Vous ligiirez-vous Ce diable habillé d'écarlate?

Bossu, louche et roux.

Un serpent lui sert de cravate.

Il a le nez crochu ; Il a le pied fourchu ; Sa voix rauque, en chantant, présage Au château grand remue-ménage.

Saints du paradis, Priez pour Charles dix.

Je le vis, hélas!

En quatre-vingt-douze apparaître.

Nobles et prélats.

Abandonnaient notre bon maître.

L'homme roiige venait En sabots, en bonnet.

M'endormais-je un peu sur ma chaise, Il entonnait la Marseillaise.

Saints du paradis.

Priez pour Charles dix.

9 iiiprmidor.) J'eus il balayer;

Mais lui bientôt par la gouttière Revint iii'cfTr.ivPr

Pour ce bon monsieur Robespierre.

Lors il était poudré , Parlait mieux qu'un curé, Ou, comme riant de lui-même.

Chantait l'hymne à VEire suprême. Saints du paradis , Priez pour Charles dix.

(Mars 1814.) Depuis la terreur

Plus n'y pensais , lorsque sa vue

Du bon empereur M'annonça la chute imprévue.

En toque il avait mis Vingt plumets ennemis.

Et chantait au son d'une vielle Vive Henri quatre et Gabrielle !

Saints du paradis , Priez pour Charles dix.

Soyez donc instruits.

Enfants, mais qu'ailleurs on l'ignore,

Que depuis trois nuits L'homme rouge apparaît encore.

Riant d'un air moqueur, Il chante comme au chœur.

Baise la terre, et puis ensuite Met un grand chapeau de jésuite.

Saints du paradis, Priez pour Charles dix.

CHANSONS DE BERANGER

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