‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 195 sur 340 · L'ANGE GARDIEN · texte numérisé non relu

L'ANGE GARDIEN

Am ; Jiulis iiu ci'IObrc cuipereui'.

A l'hospice uii gueux tuul perclus Voit apparaître son bon ange; Gaiement il lui dit : Ne faut plus Que votre altesse se dérange.

Tout compté , je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Chez Vénus j'entre eu maraudeur :

C'est tout fruit vert que j'en rapporte. Oui, dit l'ange; mais, par pudeur, Là je te quittais à la porte.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange , adieu ; portez-vous bien.

Sur la paille né dans un coin ,

Suis-je enfant du Dieu qu'on nous prêche?

Oui, dit l'ange : aussi j'eus grand soin

Que ta paille fût toujours fraîche.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

D'un laidron je deviens l'époux.

Priant qu'il ne soit que volage.

Oui, dit l'ange; mais nul de nous Ne se mêle de mariage.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon auge, adieu; portez-vous bien.

Jeune et vivant à l'abandon , L'aumône fut mon patrimoine.

Oui , dit l'ange, et je te fis don Des trois besaces d'un vieux moine.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Vieillard, affranchi de regrets, Au terme heureux enfin atteins-je?

Oui, dit l'ange, et je tiens tout prêts De l'huile, un prêtre et du vieux linge. Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Soldat bientôt, courant au feu.

Je perdis une jambe en route.

Oui, dit l'ange; mais avant peu Cette jambe aurait eu la goutte.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu, portez-vous bien.

Pour mes jours gras, du vin fraudé Mit le juge après mes guenilles.

Oui, dit l'ange ; mais je plaidai :

Tu ne fus qu'un an sous les grilles.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

De l'enfer serai-jc habitant, Ou droit au ciel veut-on que j'aille?

Oui, dit l'ange; ou bien non, pourtant. Crois-moi, tire à la courte paille.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Ce pauvre diable ainsi parlant Mettait en gaieté tout l'hospice.

Il éternue, et, s'envolant, L'ange lui dit : Dieu te bénisse !

Tout compté , je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

CHANSONS DE DERANGER

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