‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 229 sur 340 · A M. DE CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

A M. DE CHATEAUBRIAND

Air d'Oclavie.

Chateauliriaml, pourquoi fuir ta patrie, Fuir son amour, notre encens et nos soins? N'entends-tu pas la France qui s'écrie : Mon beau ciel pleure une étoile de moins ?

Ta voix résonne, et sotidaia ma jeunesse Brille à tes chants d'une nuble rougeur. J'offre aujourd'hui, pour prix de mon ivresse. Un peu d'eau pure au pauvre voyageur.

Où donc est-il? se dit la tendre mère. Battu des vents que Dieu seul fait changer. Pauvre aujourd'hui comme le vieil Homère, Il frappe, hélas! au seuil de l'étranger.

Chateaubriand, pourquoi fuir ta patrie, Fuir son amour, notre encens et nos soins? N'entends-tu pas la France qui s'écrie : Mon beau ciel pleure une étoile de moins?

Proscrit jadis, la naissante Amérique Nous le rendit après nos longs discords. Riche de gloire, et, Colomb poétique.

D'un nouveau monde étalant les tréstu's.

Des anciens rois quand revint la famille, Lui , de leur sceptre appui religieux , Crut aux Bourbons faire adopter ptiur fille I-a Liberté, qui se passe d'aïeux.

Le pèlerin de Grèce et d'Ionie , Chantant plus tard le Cirque et l'Alliaïubni Nous revit tous dévots à son génie Devant le Dieu que sn voix célébra.

Son éloquence à ces rois fit l'aumône : Prodigue fée , en ses enchantements .

Plus elle voit de rouille à leur vieux trône. Plus elle y sème et fleurs et diamants.

De son pays, qui lui doit tant de lyres, Lorsque la sienne en pleurant s'exila, 11 .s'enquérait aux débris des empires Si des Français n'avaient point passé là.

Mais de nos droits il gardait la mémoire. Les insensés dirent : Le ciel est beau. Chassons cet homme, et soufllons sur sa gloire Comme au grand jour on éteint un flambeau.

Celait l'i-poquo où, fi'coudaut l'iii^toin La grand(> épée , effroi des nalions.

Resplendissante au soleil de la uluire.

Eu ni sur no\is rejaillir lis rayons.

Et lu voudrais l'attacher à leur chute ! Connais donc mieux lour folle vanité.

Au rang des maux qu'au ciel même elle imimle Leur ciFur iuiiral met t.i fidélité.

CHANSONS DE DERANGER

Va; sers le peuple en Imtte à leurs jiravades, Ce peuple humain, des grands talents épris, Qui t'emportait, vainqueur aux barricades, Comme un trophée, entre ses bras meurtris.

Ne sers que lui. Pour lui ma voix te somme D'un prompt retour après un triste adieu.

Sa cause est sainte : il souffre, et tout grand homme Auprès du peuple est l'envoyé de Dieu.

Chateaubriand , pourquoi fuir ta patrie , Fuir son amour, notre encens et nos soins? N'entends-tu pas la France qui s'écrie : Mon beau riel pleure une étoile de moins?

CHANSONS DE BERANGER

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