‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 232 sur 340 · DE 1790 A · texte numérisé non relu

DE 1790 A

Am des Comédiens.

Lieux où jadis m'a bercé l'Espérauce, Je vous revois à plus de cinquante ans. On rajeunit aux souvenirs d'enfance, Comme on renaît au souffle du printemps.

Salut à vous, amis de mou jeune âge!

Salut , parents que mou amour bénit !

Grâce à vos soins, ici, pendant l'orage, Pauvre oiselet, j'ai pu trouver un uid.

Je veux revoir jusqu'à l'étroite geôle Où, près de nièce aux frais et doux appas, Régnait sur nous le vieux maître d'école. Fier d'enseigner ce qu'il ne savait pas.

J'ai fait ici plus d'un apprentissage, A la paresse, hélas I toujours enclin.

Mais je me crus des droits au nom de sage, Lorsqu'on m'apprit le métier de Franivlin,

C'était à l'âge où naît l'amitié franche, Sol que fleurit un matin plein d'espoir. Un arbre y croît dont souvent une brauclie Nous sert d'appui pour marcher jusqu'au soir*

Lieux où jadis m'a bercé l'Espérance, Je vous revois à plus de cinquante ans.

On rajeunit aux souvenirs d'enfance.

Comme on renaît au souffle du printemps.

C'est dans ces murs qu'en des jours de défaites. De l'ennemi j'écoutais le canon.

Ici ma voix, mêlée aux chants des l'êtes, De lu patrie a bégayé le nom.

Ame rêveuse, aux ailes de colombe.

De mes sabots, là, j'oubliais le poids. Du ciel , ici , sur moi la foudre tombe Et m'apprivoise avec celle des rois.

Contre le sort ma raison s'est armée Sous l'humble toit, et vient aux mêmes lieux Narguer la gloire , inconstante fumée Qui tire aussi des larmes de nos yeux.

Amis, parents, témoins de mon aurore, Objets d'un culte avec le temps accru, Oui, mon berceau me semble doux encore. Et la berceuse a pourtant disparu.

Lieux où jadis m'a bercé l'Espérance, Je vous revois à plus de cinquante ans. On rajeunit aux souvenirs d'enfance.

Comme on renaît au souffle du printemps.

CHANSONS DE BEKANGER

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