‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 240 sur 340 · LE SUICIDE · texte numérisé non relu

LE SUICIDE

SUR LA MOHT DES JEUNES VICTOR ESCOUSSK ET AHCUSTE I.ERRAS

Am il'Angiîline (Je Wilhem), ou du Tailleur et la Fi'e.

Quoi! morts tous dpux, dans cette chambre close, Voyez pâlir pilote et matelots. Où du charbon pèse encor la vapeur! Vieux bâtiment usé par tous les flots,

Leur vie, hélas! était à peine éclose. Il s'engloutit; sauvons-nous à la nage.

Suicide affreux I triste objet de stupeur Et, vers le ciel se frayant un chemin ,

Ils sont partis en se donnant la main. VI. 58

Ils auront dit : Le monde fait naufrage

Pauvres enfants ! l'écho murmure encore

L'air qui berça votre praniier sommeil.

Si quelque brume obscurcit votre aurore,

Leur disuit-on, attendez le soleil.

Ils répondaient : Qu'importe que la sève

Monte enrichir les champs où nous passons !

Nous n'avons rien; arbres, fleurs ni moissons.

Est-ce pour nous que le soleil se lève?

Et, vers le ciel se frayant un chemin.

Ils sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants! quelle douleur amère N'apaisent pas de saints devoirs remplis? Dans la patrie on retrouve une mère, Et son drapeau nous couvre de ses plis. Ils répondaient : Ce drapeau qu'on escorte Au toit du chef le protège endormi ; Mais le soldat, teint du sang ennemi, Veille, et de faim meurt en gardant la porte. Et, vers le ciel se frayant un chemin, Ils sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants ! calomnier la vie !

C'est par dépit que les vieillards le font. Est-il de coupe où votre âme ravie, En la vidant, n'ait vu l'amour au fond? Ils répondaient : C'est le rêve d'un ange. L'amour ! en vain notre voix l'a chanté. De tout son culte un autel est resté ; y touchions-nous, l'idole était de fange. Et, vers le ciel se frayant un chemin, Ils sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants 1 de fantémes funèbres Quelque nourrice a peuplé vos esprits.

Mais un Dieu brille à travers nos ténèbres ; Sa voix de père a dû calmer vos cris. Ah! disaient-ils, suivons ce trait de flamme. N'attendons pas. Dieu, que ton nom puissant. Qu'on jette en l'air comme un nom de passant, Soit , lettre à lettre , effacé de notre âme. Et, vers le ciel se frayant un chemin, Ils sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants! mais, les plumes venues, Aigles un jour, vous pouviez, loin du nid. Bravant la foudre et dépassant les nues, La gloire en face, atteindre à son zénith. Ils répondaient : Le laurier devient cendre , Cendre qu'au vent l'Envie aime à jeter ; Et, notre vol dût-il ?i haut monter, Toujours près d'elle il faudra redescendre. Et, vers le ciel se frayant un chemin, Ils sont partis en se donnant la main.

Dieu créateur, pardonne à leur démence.

Ils s'étaient faits les échos de leurs sons ;

Ne sachant pas qu'en une chaîne immense ,

Non pour nous seuls, mais pour tous nous naissons.

L'humanité manque de saints apôtres

Qui leur aient dit : Enfants, suivez sa loi.

Aimer, aimer, c'est être utile à soi;

Se faire aimer, c'est être utile aux autres.

Et, vers le ciel se frayant un chemin.

Ils sont partis en se donnant la main.

Cf VNSONS DE BÉFA.NCtER

,lpfi

PRÉDICTION DE NÛSTRADAMUS

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