LE YIN DE CHYPRE
Am du vaiiileville ilc Prûvillo et Taconnet.
Chypre, ton vin, qui rajeunit ma verve, Me fait revoir l'enfant porte-bandeau , •Tupiter, Mars , Vénus , Junon , Minerve , Ces dieux longtemps rayés de mon Credo. Si nos auteurs , tout païens dans leurs livres , M'ont fait maudire un culte ingénieux, Ahl de ce vin c'est qu'ils ^'étaient pas ivres. Le vin de Chypre a créé tous les dieux.
Les yeux en l'air, le bonhomme Hésiode Cherchait jadis des dieux à noms ronflants. Faute d'idée , il allait faire une ode ; De Chypre arrive une outre aux larges flancs. Mon Grec s'enivre et sur Pégase il grimpe, Chaud du nectar qui pousse au merveilleux : L'outre était pleine, il en sort un Olympe. Le vin de Chypre a créé tous les dieux.
Au culte grec, enseigné dans nos classes, Oui, je reviens, tant Bacchus est puissant. A mes chansons , dansez , Muses et Grâces ; Souris , Phébus ; Zéphyr, sois caressant. Faunes, Sylvains, Bacchantes et Dryades, Autour de moi formez des chœurs joyeux; IMais de ma cave éloignez les Naïades.
Le vin de Chypre a créé tous les dieux.
Aux déités , fables des vieux empires , Nous opposons des diables peu tentants ; Des loups-garous, des goules, des vampires, Du moyen âge aimable passe-temps.
Fi des damnés, des spectres et des tombes ! Fi de l'horrible I il est contagieux.
Chauves-souris, faites place aux colombes. Le vin de Chypre a créé tous les dieux.
Grice à ce vin de saveur goudronnée , .Te crois voguer vers ces anciens autels Où la beauté, de myrte couronnée.
Sous un ciel pur ravissait les mortels. Nés dans le Nord , sous un vent de colère , Figurons-nous ce ciel délicieux ; A le peupler l'homme a dû se complaire. Le vin de Chypre a créé tous les dieux.
Anacréon, Ménandre, Eschyle, lIomiTC, Ont dans ce vin bu l'immortalité.
Ahl versez-m'en, et ma lyre éphémère Pour l'avenir peut-être aura chanté.
Non; mais, d'Amours conduisant une troupe. Hébé pour moi quittt^ un moiniMit les ricux; Eu souriant elle remplit ma coupe.
Le vin de Cliypre a créé tous les dio\ix.
CHANSONS DE BERANGER