‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 246 sur 340 · LA PAUVRE FEMME · texte numérisé non relu

LA PAUVRE FEMME

Ain lie Mon iiahil, ou d'Aiislippe.

Il neige, il neige, et là, devant lV'i'lis(\

Une vieille prie à genoux.

Sous ses haillons où s'engoull're la bise,

C'est du pain qu'elle attend de nous.

Seule, à ttitons, au parvis Notro-Danie, Elle vient, liiver comme été.

Elle est aveugle, liélas! la pauvre Icmmo Ah 1 faisons-lui la charité.

Pavez-vous bien ce que fut cette vieille

Au teint hâve, aux traits amaigris?

D'un grand spectacle autrefois la merveille.

Ses chants ravissaient tout Paris.

Les jeunes gens, dans le rire ou les larmes,

S'exaltaient devant sa beauté ; Tous, ils ont dû des rêves à ses charme?.

Ah! faisons-lui la charité.

Combien de fois, s'éloignant du théàtri"

Au pas pressé de ses chevaux , Elle entendit une foule idolâtre

La poursuivre de ses bravos !

Pour l'enlever au char qui la transporte,

Pour la rendre à la volupté.

Que de rivaux l'attendent à sa porte !

Ah 1 faisons-lui la charité.

Quand tous les arts lui tressaient des couronnes. Qu'elle avait un pompeux séjour!

(^ue de cristaux, de bronzes, de colonnes. Triluils (le l'amour à l'amour

Dans ses banquets , que de muses fidèles

Au vin de sa prospérité !

Tous les palais ont leurs nids d'hirondelle?.

Ah ! faisons-lui la charité.

Revers affreux! un jour la maladie

Éteint ses yeux, brise sa voix, Et, bientôt seule et pauvre, elle mendie

Cil, depuis vingt ans, je la vois.

Aucune main n'eut mieux l'art de répandre

Plus d'or avec plus de bonté Que cette main qu'elle hésite à nous tendre.

Ah! faisons-lui la charité.

Le froid redouble : ô douleur! ô misère !

Tous ses membres sont engourdis ; Ses doigts ont peine à tenix le rosaire

Qui l'eût fait sourire jadis.

Sous tant de maux, si son cœur tendre encore

Peut se nourrir de piété.

Pour qu'il ait foi dans le ciel qu'elle implure,

Ab ! faisons-lui la charité.

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