‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 25 sur 340 · LES GOURMANDS · texte numérisé non relu

LES GOURMANDS

A MESSIEURS LES G AST liON OM ES

Am : Tout le long Je la liviéic.

Gourmands, cessez de uous duuiicr

La carte de votre diiier.

Tant de gens qui sont au régime

Ont droit de vous eu l'aire uu crime.

Et d'ailleurs, à chaque repas, r)'(?touffer ue tremblez-vous pas?

CHANSONS DE BERANGER

C'est une mort peu digue qu'où l'admire. Ah ! pour étoufl'er, n'étouffons que de rire , N'étouffons, n'étouffons que de rire.

La bouclie pleine, osez-vous bien Chanter rAmour, qui vit de rien?

A l'aspect de vos barbes grasses, D'effroi vous voyez fuir les Grâces; Ou, de truffes en vain gonflés.

Près de vos belles vous ronflez.

L'embonpoint même a dû parfois vous nuire. Ah 1 pour étouffer, n'étouffons que de rire,

N'étouffons, n'étouffons que de rire.

Vous n'exaltez, maîtres gloutons, Que la gloire des marmitons ; Méprisant l'auteur humble et maigre Qui mouille un pain bis de vin aigre , Vous ne trouvez le laurier bon Que pour la sauce et le jambon.

Chez des Français quel étrange délire ! Ah ! pour étouffer, n'étouffons que de rire,

N'étouffons, n'étouffons que de rire.

Pour goûter à point chaque mets,

A table ne causez jamais ;

Chassez-en la plaisanterie :

Trop de gens, dans notre patrie,

De ses charmes étaient imbus ;

Les bons mots ne sont qu'un abus.

Pourtant, messieurs, permettez-nous d'en dire. Ah ! pour étouffer, n'étouffons que de rire , N'étouffons, n'étouffons que de rire.

Français, dinons pour le dessert :

L'Amour y vient, Philis le sert;

Le bouchon part, l'esprit pétille,

La Décence même y babille ,

Et par la Gaieté, qui prend feu,

Se laisse coudoyer un peu.

Chantons alors l'aï qui nous inspire.

Ah ! pour étouffer, n'étouffons que de rire , N'étouffons, n'étouffons que de rire.

CHANSONS DE BERANGER

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