‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 254 sur 340 · BAPTÊME DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

BAPTÊME DE VOLTAIRE

AïR : Les «loches du muaasti;re.

La foule encombre l'église ; Les ppétres sont en émoi :

C'est un garçon qu'on baptise , Fils d'un trésorier du roi.

Le curé court en personne Dire au bedeau : Sonne 1 sonne !

Dig don I dig don !

Que n'avons-nous un bourdon ! j

Dig don! dig don I \ Bis.

Dig don 1 ;

Le curé parle au vicaire :

Ce baptême nous fera Redorer croix, reliquaire, Ostensoirs, et cœtera.

Même il se peut que j'accroche De l'argent pour une cloche.

Dig don ! dig don 1 Que n'avons-nous un bourdon I

Dig don ! dig don I Dig don 1

Ah 1 crie un chantre , j'espère Que , nous livrant son cellier, Cet enfant comme son père Un jour sera marguillier.

Qu'à son nom l'honneur s'attache

D'un gros marguillier sans tache.

Dig don I dig don I Que n'avons-nous un bourdon !

Dig don I dig don!

. Dig don !

A la marraine un beau prêtre Dit tout bas : Les jolis yeux I Madame , vous devez être Un ange envoyé des cieux.

L'enfant qu'un ange patronne Est un saint que Dieu nous donne.

Dig don 1 dig don 1 Que n'avons-nous un bourdon 1

Dig don 1 dig don I Dig don !

De sa mère, ajoute un diacre, Ce fils aura tout l'esprit.

Qu'à la chaire il se consacre :

Il vengera Jésus-Christ.

Qui sait? à sa voix peut-être Plus d'un bûcher doit renaître.

Dig don 1 dig don !

Que n'avons-nous un bourdon I

Dig don ! dig don !

Dig don !

(') Voltaire, ne eu ftSvrier 169-1, (.Hait d'apparence si frêle qu'on se coutenta de l'ondoyer en fiimille. Sou bapiCiue n'eut lieu

'in'en novembre do la môme annùc, i\ Sainl-Andriî des Arts. Son pt'r^ notaire d'abord, devint tnîscricr do la Cour des comptes.

Mais du ciel tombe un fantôme I C'est Rabelais , grand moqueur, Qui leur dit : Dans ce vieux tome J'ai chanté jadis au cliœur.

Sur cet enfant qu'on baptise Dieu veut que je prophétise.

Dig don ! dig don 1 Que n'avez-vous un bourdon 1

Dig don I dig donl Dig don 1

Nous nommons François-Marie Ce garçon, dit le parrain.

Le fantôme se récrie :

De tels noms ne lui vont brin.

La Gloire , à son baptistère, Lui donnera nom Voltaire.

Dig don 1 dig don !

Que n'avez-vous un bourdon !

• Dig don I dig don!

Dig don I

Dans ce marmol, tête énorme.

Germe un puissant écrivain Qui doit , en fait de réforme , Passer Luther et Calvin.

Sots préjugés, il vous sape.

Gare à vous , monsieur du pape !

Dig don I dig don!

Que n'avez-vous un bourdon !

Dig don ! dig don !

Dig don!

Ce Rabelais, qu'on l'arrête!

Dit le curé s'échaufTant.

Pour nous un dîner s'apprête Chez le père de l'enfant; De cadeaux il nous accable :

Baptisons , fût-ce le diable I

Dig don ! dig don I Que n'avons-nous un bourdon !

Dig don ! dig don 1 Dig don !

Le fantôme, qui s'envole, Crie aux prêtres : Avant peu, Voltaire, encore à l'école.

En jouant y met le feu.

Ce feu chez vous va s'étendre :

Aux cloches il faut vous pendre.

Dig don ! dig don !

Que n'avez-vous un bourdon !

Dig don 1 dig don I Dig don !

CHANSONS DE BERANf>ER

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