‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 259 sur 340 · I, EGYPTIENNE · texte numérisé non relu

I, EGYPTIENNE

Oui; point de Corse qui ne vienne M'interroger sur l'avenir.

NAPOLÉON

,1e vi'ux la consulter, mon l'rère.

JOSKPH.

Garde-l'en bien : c'e?t \,u pcclie.

CHANSONS DE BERANaER

Allons plutôt vendre au marché

Les olives de notre mère.

l'égyptienne.

Voyons ta main, mon enfant, et crois-moi, (Bis. Quand je dirais : Tu seras plus qu'un rni.

Les chevaux s'arrétaut d'eiLX-mènies,

— Voyez, dit-elle en souriant,

J'ai, pom- braver les auathèmes,

Tous les secrets de l'Orient.

Malgré l'aîné , qu'elle intimide ,

Le plus jeune, au regard altier,

S'avance alors : — Femme intrépide ,

Vous avez vu le monde entier?

l'égyptienne.

Oui, j'ai vu tout, ombre et lumière ,

Enfer et ciel, morts et vivants.

Dieu m'a crié : Comme les venis

Passe et n'emporte que poussière. Voyons ta main, mon enfant, et crois-moi, (,inand je dirais ■ Tu seras plus qu'un roi.

NAPOLÉON

En Egypte vous êtes née?

l'égyptienne.

Non; dans Moscou fut mon berceau.

La source à Memphis couronnée

Là vient se perdre obscur ruisseau.

De consoler ma race antique

Queh soins le sort n'a-t-il pas pris?

Dans tes déserts, jeune Amérique,

.l'ai fouli'. d'antiques débris;

Et sur des monts de cendre humaine,

Dans l'Inde, lasse de marcher,

,Je vins gémir sur un rocher

Inciinnu, uoiuuié Sainti'-lh'jèiic.

Viiyous ta main, mou enfant, et crois-moi, (Juaiid je ilirais : Tu seras plus qu'un rni.

NAPOLÉON

FiTunie, ([ue fait la métropole, Cf granil I*aris, notre fanal?

l'égyptienne.

C'(>tte ville, que l'on croit folle,

C'est Brutus en habit de bal.

Là j'entendis, l'oreille à terre.

De profonds et sourds grondements.

Palais et temples, un cratère Va s'ouvrir sous vos fondements.

Un ciel pur semble nous absoudre .

Chantait la cour dans ses ébats. • Le ciel est pur; mais c'est d'en bas Qu'à présent partira la foudre.

Voyons ta main, mon enfant, et crois-moi. Quand je dirais : Tu seras plus qu'un roi,

NAPOLÉON

Je me fie à votre science ;

Égyptienne, voici ma main.

l'égyptienne.

Que vûis-je ! 0 signes de puissance !

0 labeurs du génie humain !

Muses, pour vous quelle épopée I

Législateurs, qu'il sera grand !

France, à l'omvrel forge une épée

Pour cette main de conquérant.

Rois, pleurez vos orgueils de race ;

Suivez-le, peuples haletants.

Moi, je tombe aux pieds dont le temps

Doit à jamais garder la trace, .l'ai vu ta main. 0 noble enfant! crois-mni. Quand je te dis : Tu seras plus (ju'un roi.

Aux paroles de la sibylle, Le jeune homme, silencieux, Croise les bras, rêve, immobile ; Un éclair brille dans ses yeux.

A genoux reste l'Egyptienne , Mais Joseph s'écrie , exalté :

— Napoléon, qu'il te souvienne l)e moi dans ta prospérité. Alin de payer l'étraugère l'iiur i|ui Dieu n'a rien de caché, Frère, courons veudri' au ni.irclié Les olives de notre mère.

l'égyptienne.

J'ai vu la main. (> noble enfant! crois-moi, (vHiand je te dis : Tu seras plus qu'un roi.

CHANSONS DE BERANGER

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