‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 268 sur 340 · LA ROSE ET LE TONNERRE · texte numérisé non relu

LA ROSE ET LE TONNERRE

Aiu :

Clipz les Grecs, couleurs de luerveilles, Quel sort ne ni'eùt-oii pas prédit?

Lauriers d'Homère, et vous, abeilles, (') Qui mettiez Platon en crédit; Lauriers, j'eus mieux que vos ombrages; Abeilles, mieux que votre miel; Une rose et le l'eu du ciel De mon destin ont été les présages ; Une rose et le l'eu du ciel.

Dans son sein j'essayais la vie, Quand ma mère , au temps des l'rimas , D'une rose eut, dit-on, l'envie. Pour la reine on n'en trouvait pas.

Ce désir vain fut-il la cause Du signe qui m'a couronné?

Ah I Dieu m'avait prédestiné !

Son doigt au front me peignit une rose ; (-) Ah I Dieu m'avait prédestiné 1

Oui , sur ce front brille l'image D'une rose dont les couleurs S'avivaient lorsqu'en mon jeune ùgc

Avril aux champs semait ses lleurs.

Une dame à robe étoffée.

Baisant mon front, disait toujours :

Tu seras béni des amours.

Ces mots si doux me semblaient d'une fée : Tu seras béni des amours !

Des trop longs pleurs de l'élcgie Je dus urfrancliir la beauté.

Amours, dans ma mythologie, Dieu sourit à la volupté.

Je vous prophétise une autre ère :

La femme engendrera la loi.

Qu'elle soit reine où l'homme est roi.

Qu'en son époux Eve retrouve un frère ; Qu'elle soit reine où l'homme est roi.

Mais aux doux chants ma vuix sans doute Devait mêler des sons plus fiers.

Vient un orage : enfant, j'écoute Ce char qui roule armé d'éclairs.

Sur moi du nuage qui crève Le tonnerre tombe étoulTant. (')

(') lloniùro l'ut, dit-on, trouvé au boiil du llcuvo Méliisigtuo , bOus un boicoau do lauriers; et dos abeilles, dit-on .lussi. dc'posaient leur miel sur les livres du jeune IMatou endormi. Je demande pardon i eei deu\ noms si grands de les avoir rapprochés de celui d'un cliansonnier.

(') Ma iiitre eut en ciïet le désir d'une rose dans le premier mois de sa grossesse, en plein coeur d'hiver. Mes vieux parents ne manquèroiU pas d'attribuer ;\ cette eiwie non satisfaite une espice de rose colorée que je portais au front, mais que l'âge lit disparaître il plus de quinze ans. La tante qui m'a élevé en retrouvait encore la tr.icc au retour du printemps.

C) Dans deux de mes chansons , j'ai déjù. fait allusion A cette particularité de ma jeunesse. Une bonne éducation m'eut mieux v.alu que ces prétendus pronostics pour devenir un jour un homme rcmiirquable; mais qu'on pardonne au rimcur de les a>oir rappelés ici.

Pourquoi pleurer le pauvre cufaut?

Aux longs ennuis son bou ange l'enlève.

Pourquoi pleurer le pauvre enfant?

Hélas ! le ciel me fait renaître.

Que voulait-il me présager?

Moi, né faible, j'aurai peut-être . I)e ses rois un peuple à venger.

Oui , des Français que j'encourage

Les foudres sont près d'éclater.

Tremblez, Bourbons, je vais chanter; J'ai fait, bien jeune, un pacte avec l'orage.

CHANSONS DE BERANGER

Tremblez, Bourbons, je vais chanter.

Ah! j'ai rempli ma tlestinée.

Atlieu l'amour qui me soutint!

Dès longtemps la rose est fanée Le feu du ciel en moi s'éteint.

A la nuit, qui vient froide et noire Du foyer gagnons la chaleur.

Comme l'éclair, comme la Heur, Meurent, hélas! amour, génie et gloire; Comme l'éclair, connue la Heur.

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