ASCENSION
Am : Soir t^l matin sur la fongtre. ou Ce magistrat irr«.^procIt»bIe.
Géant ailé, géant immense, En rêve aux astres m' élevant , Des soleils j'y vois la semence Et ce que Dieu cache au savant.
Dieu donne aux anges qu'il préfère Un instrument harmonieux.
Qui, résonnant sur chaque splu^re, La diriae à travers les cieux.
Ma confusion est profonde.
Est-ce donc là notre séjour?
— Oui, dit l'ange, voilà ce monde
Dont peu d'entre vous font le tour.
Ton œil y distingue sans doute
Ces monts qui sont géants pour vnu».
Et votre océan , cette goutte
Qui suffit à vous nover tous.
Notre soleil garde sa lyre , Sirius marche au son du cor, Sur Jupiter l'orgue soupire, A Saturne la harpe d'or.
Devant ces corps, masse infinie.
J'ai crié : Gloire au Créateur !
Plus ému de leur harmonie Qu'effrayé de leur pesanteur.
Quoi! notre gloire impérissable, Nous la bâtissons là-dessus 1 Mais qu'importe ce peu de sable Où s'entassent nos vo?ux déçus?
Qu'importe en quelle étroite bière Nos os tomberont de sommeil ; Aux mains de Dieu, grain de poussière, L'homme pèse plus qu'un soleil.
Dans mon vol, sous mes pieds, qu'entends-je?
C'est le son triste d'un pipeau,
Qui mène au gré d'un tout jeune ange
L'un des corps nains du grand troupeau.
Petit globe, objet de risée!
On dirait, à le voir courir,
Du savon la bulle irisée
Qu'un souffle fait naître et périr.
Je demande à l'enfant céleste Si c'est son jouet dans les cieux.
— Énorme géant, sois modeste.
Dit-il, regarde, et juge mieux.
Je me penche alors sur la boule.
Prêt à la prendre dans ma main.
Dieu ! j'y vois s'agiter la foule Que nous nommons le genre hunuiiii.
Espère enfin, mon âme, espère ; Du doute brise le réseau.
Non, ce globe n'est pas ton père ; Le nid n'a pas créé l'oiseau.
J'en juge à l'effort de ton aile, Qui s'en va les cieux dépassant :
Pour l'engendrer, noble immortelle.
Il n'est que Dieu d'assez puissant.
Soudain je rentre imperceptible Au lit fangeux du fleuve humain.
Mais, quand d'un accent indicible L'ange me dit : — Frère, à demain I La comète, horrible merveille, De ce globe accroche l'essieu ; Du choc il tombe ; je m'éveille , Le jour brille, et je bénis Dieu.
CHANSONS DE DERANGER