‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 270 sur 340 · ASCENSION · texte numérisé non relu

ASCENSION

Am : Soir t^l matin sur la fongtre. ou Ce magistrat irr«.^procIt»bIe.

Géant ailé, géant immense, En rêve aux astres m' élevant , Des soleils j'y vois la semence Et ce que Dieu cache au savant.

Dieu donne aux anges qu'il préfère Un instrument harmonieux.

Qui, résonnant sur chaque splu^re, La diriae à travers les cieux.

Ma confusion est profonde.

Est-ce donc là notre séjour?

— Oui, dit l'ange, voilà ce monde

Dont peu d'entre vous font le tour.

Ton œil y distingue sans doute

Ces monts qui sont géants pour vnu».

Et votre océan , cette goutte

Qui suffit à vous nover tous.

Notre soleil garde sa lyre , Sirius marche au son du cor, Sur Jupiter l'orgue soupire, A Saturne la harpe d'or.

Devant ces corps, masse infinie.

J'ai crié : Gloire au Créateur !

Plus ému de leur harmonie Qu'effrayé de leur pesanteur.

Quoi! notre gloire impérissable, Nous la bâtissons là-dessus 1 Mais qu'importe ce peu de sable Où s'entassent nos vo?ux déçus?

Qu'importe en quelle étroite bière Nos os tomberont de sommeil ; Aux mains de Dieu, grain de poussière, L'homme pèse plus qu'un soleil.

Dans mon vol, sous mes pieds, qu'entends-je?

C'est le son triste d'un pipeau,

Qui mène au gré d'un tout jeune ange

L'un des corps nains du grand troupeau.

Petit globe, objet de risée!

On dirait, à le voir courir,

Du savon la bulle irisée

Qu'un souffle fait naître et périr.

Je demande à l'enfant céleste Si c'est son jouet dans les cieux.

— Énorme géant, sois modeste.

Dit-il, regarde, et juge mieux.

Je me penche alors sur la boule.

Prêt à la prendre dans ma main.

Dieu ! j'y vois s'agiter la foule Que nous nommons le genre hunuiiii.

Espère enfin, mon âme, espère ; Du doute brise le réseau.

Non, ce globe n'est pas ton père ; Le nid n'a pas créé l'oiseau.

J'en juge à l'effort de ton aile, Qui s'en va les cieux dépassant :

Pour l'engendrer, noble immortelle.

Il n'est que Dieu d'assez puissant.

Soudain je rentre imperceptible Au lit fangeux du fleuve humain.

Mais, quand d'un accent indicible L'ange me dit : — Frère, à demain I La comète, horrible merveille, De ce globe accroche l'essieu ; Du choc il tombe ; je m'éveille , Le jour brille, et je bénis Dieu.

CHANSONS DE DERANGER

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