‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 273 sur 340 · VII · texte numérisé non relu

VII

CHANSONS DE BÉRANGER

Lui, mort ! oh ! non. Quel tremblement de terre, Mais dans Paris, parmi le peuple en fête,

Quelle comète annonça son trépas?

Croyons plutôt que la riche Angleterre Pour le garder a manqué de soldats.

Les étrangers qu'épouvantait sa gloire Feignent en vain de déplorer son sort ; En vain leurs chants exaltent sa mémoire,

J'ai cru le voir; je l'ai vu : c'était lui. De-la colonne il contemplait le faite.

Emu, troublé, je cours; il avait fui.

Reconnaissant un vieux compagnon d'armes, Si de ma joie il a craint le transport. Pour se cacher ma joie avait des larmes.

N'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort? N'est-il pas vrai, mou Dieu, qu'il n'est pas mort?

Il partagea deux fois mon pain de seigle ,

Et de sa main il m'attacha la croix ;

.J'ai toujours ^^I, moi qui portais son aigle,

La mort en lui respecter notre choix.

Et des Anglais auraient cloué sa bière !

Et de sa tombe ils défendraient l'abord !

Et sous leurs pieds il deviendrait poussière !

N'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort?

Un matelot, qui connaît l'Inde esclave, Pour nous servir veut qu'il y soit passé. Il mène au feu le Mahratte si brave, Et des Anglais l'empire est menacé.

Courant, volant, foudroyant des murailles, Oui, de l'Asie il revient par le nord. Hélas 1 sans nous qu'il livre de batailles 1 N'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort?

Nous, ses enfants, nous savons qu'un navire

A ses geôliers nuitamment l'a ravi ;

Que, depuis lors, dans son immense empire.

Déguisé, seul, il erre poursuivi.

Ce cavalier de chétive apparence,

De la forêt ce braconnier qui sort,

C'est lui peut-être : il vient sauver la France.

N'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort?

Des nations chacune a sa souffrance :

Il manque un homme en qui le monde ait foi. C'est lui qu'on veut ; rends-le vite à la France, Mon Dieu; sans lui je ne puis croire en toi. Mais , loin de nous , sur des rochers funestes , Dans son manteau si pour toujours il dort. Ah ! que mou sang rachète au moins ses restes ! N'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort?

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CHANSONS DE BERÂNGER

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